Le moulinet Piscifun Spartan 4000

 

Je vous avais parlé de ce moulinet il y a quelques mois, il a été testé depuis en mer et en eau douce par mon ami Fiumara et par moi-même. Plutôt un bon produit en apparence, malgré son prix qui reste élevé dans l’absolu. Il sort un peu du lot des productions chinoises classiques. Mais comme d’habitude on trouve pas mal d’approximations et par endroit il y a des faiblesses impardonnables qui auraient pu être évitées…

 

 

Piscifun est une « marque » qui propose des produits légèrement plus pointus que les autres, on va dire qu’elle se hisse au niveau de Tsurinoya, Ecooda et Seaknight. Il y a un réel effort de qualité, c’est d’ailleurs parce que ce moulinet était censé avoir une roue de commande en laiton que j’ai décidé de l’examiner.

Le Spartan 4000 est un beau et sobre moulinet, d’un poids de 322g, soit 1g de moins de ce qui était annoncé, jusque là tout va bien! Il faut dire qu’il est tout en alu. Le Spartan se décline de la taille 2500 à 6000. On a choisi le 4000 car la manivelle avec poignée boule apparaît à partir du 4000 et qu’on aime bien les poignées boules 🙂 !

A la prise en main il donne une impression de robustesse indéniable : Pas de jeu à la sortie du rotor ni dans la manivelle qui se visse directement dans la roue de commande. Le pick-up fonctionne avec un bruit sec très rassurant. Niveau douceur par contre c’est moins bon… Il est assez dur à mouliner, c’est dû comme nous le verrons à ses engrenages et son ratio élevé (6,2/1). La poignée est heureusement large et agréable, on peut forcer sans problème et la boule tourne longtemps avant de s’arrêter (elle est montée sur 2 roulements). Pas de jeu entre la poignée et la manivelle, c’est très bien ajusté.

La bobine est très bien usinée et possède un joint en caoutchouc sur le moyeu pour attacher directement la tresse sans qu’elle glisse. Perso je mets toujours un backing en nylon par précaution, je n’ai pas confiance en ce système. La contenance est généreuse, presque trop, j’aurais aimé une bobine shallow en prime… Cette bobine possède un roulement en tête et deux roulements sur l’axe viennent compléter le dispositif.

La pile de frein est correcte, avec un système d’étanchéité en haut de la pile qui semble fonctionner et trois disques en carbone qui semblent de bonne qualité :

Problème : on s’est aperçu avec Fiumara que la progressivité n’était pas fameuse et que le frein avait tendance à donner des à-coups sur les longues tirées. J’ai résolu en partie le problème en mettant un peu de graisse au lithium sur les disques, du coup le frein est devenu plus lisse et forcément un peu moins puissant. J’ai atteint tout de même entre 9,7kg et 10,4 kg de puissance maximum, ce qui est très bien pour un 4000. La puissance annoncée de 16kg sur la bobine est bien entendu une blague, mais depuis le Kodiak je m’attends parfois à des surprises! Là non, on a un frein classique qui, une fois graissé, vous permettra de combattre de jolis poissons. A noter son bruit assez fort grâce au cliquet placé sous la bobine, on aime bien les freins qui chantent!

Le rotor est très bien, tout en alu. Extrêmement rigide, il n’a pas bronché sous la puissance du frein et le bras n’a pas plié. Du costaud! Pas de masselotte en-dessous comme c’est trop souvent le cas. L’écrou du rotor possède un roulement et un petit joint d’étanchéité qui semble efficace car je n’ai pas trouvé la moindre goutte d’eau à l’intérieur du bâti, malgré quelques immersions complètes du moulinet.

Le pick-up est bien pensé, solide, et ne se rabat jamais en plein lancer. Le ressort à compression est correct mais la pièce qui l’actionne est en plastique, là il aurait vraiment fallu du métal car les frottements sont importants à ce niveau et ça va s’user assez vite…

La ligne de galet n’a rien d’extraordinaire mais elle fonctionne. Disons que le galet tourne mais il faut une certaine tension, ça peut entraîner des problèmes d’enroulement du fil, bien que je n’en ai pas noté au cours de mes tests. La faute à la pièce en plastique à droite qui frotte un peu trop sur le roulement…

 

Autre désagrément : pour extraire le rotor il faut enlever le cliquet du frein et les roulements positionnés sur l’axe, le tout retenu par une platine fixée à l’aide d’une goupille insérée en force, il faut donc un chasse goupille pour retirer tout ça, c’est un peu contraignant pour l’entretien du moulinet…

 

Une fois le rotor enlevé, on peut dévisser complètement le carter et accéder aux engrenages. Je ne savais pas s’ils avaient menti ou pas au sujet de la roue de commande en laiton, c’est donc avec satisfaction que je l’ai vu apparaître en enlevant le couvercle!

 

Mais examinons d’abord l’anti-retour. Comme souvent on a affaire ici à une pauvre chose en plastique basique. 6 minuscules rouleaux portés par des ressorts rachitiques, on a vu mieux…

A noter que l’anti-retour n’est pas débrayable (pas de levier extérieur) mais qu’ils ont quand même utilisé un modèle débrayable en le maintenant fixe à l’aide d’un ressort. Ils auraient pu tout aussi bien utiliser un vrai anti-retour unidirectionnel, c’est ridicule, tout ça pour faire comme les japonais…

Cet anti-retour fonctionne, mais tout ça n’est pas très solide et pas très fiable.

La meilleure partie du moulinet est bien sûr la roue de commande. C’est très rare actuellement d’en voir en alliage de cuivre, ça nous change du Zamak et de l’alu! Je ne sais pas exactement de quel alliage il s’agit, sans doute une sorte de laiton, mais ce n’est pas du zamak doré, j’ai fait un sondage pour vérifier! L’aspect de surface est bon, et à première vue il semblerait que tout ait été usiné dans la masse.

Bon en fait non. En y regardant de plus près j’ai compris que cette pièce avait été frittée, puis usinée… Pour éviter un délicat travail d’usinage sur la couronne, elle a été frittée, c’est à dire, je le rappelle, qu’on a mis de la poudre de laiton dans un moule et on a chauffé le tout juste en-dessous du point de fusion de manière à ce que les grain de laiton s’agglomèrent entre eux. C’est un procédé économique mais ça donne un métal poreux et moins résistant que le travail par usinage et encore moins résistant que le forgeage à froid. Pour l’utilisation sur un moulinet ça ne pose pas de problème, surtout que l’empreinte ne présente pas de défaut. Cette roue n’est peut-être pas indestructible mais je la vois mal flancher en condition normale d’utilisation.

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Donc à la sortie du moule la pièce était juste un jonc de laiton avec une couronne dentée! Ils ont ensuite usiné classiquement le reste, notamment l’engrenage secondaire qui entraîne la roue d’oscillation.

Ils se sont quand même compliqué la vie car cette pièce aurait pu être simplement sertie, là non, ils ont usiné dans la masse… C’est bien mieux pour la solidité et l’ajustage, je dois reconnaître que cette roue de commande est très solide et durable, ça change des alliages de zinc merdiques que l’on trouve habituellement.

Le pignon, lui aussi en laiton, m’a moins enthousiasmé, je le trouve sous-dimensionné par rapport à la roue, enfin c’est mon avis. Il y a aussi un petit défaut de cohésion entre les deux pièce et il arrive parfois que ça « gratte » un peu quand on mouline… Pour obtenir un grand ratio, ils ont diminué le diamètre de la roue de commande, mais ils auraient du faire le pignon plus fort. Néanmoins le couple est bon, mais ça force un peu quand on mouline, logique… C’est pareil sur tous les moulinets à ratio élevé.

 

La came d’oscillation, si elle fait correctement son job, est un peu décevante aussi. Déjà la barre stabilisatrice n’est pas un modèle du genre question ajustage et fixation, et d’autre part une roulette a été ajoutée en haut, roulette qui aurait du être en métal et qui n’est qu’une simple bague en nylon… Bof, bof… Ça s’usera vite tout ça!

 

La roue d’oscillation est montée sur un roulement, pas de frictions à cet endroit-là.

 

La manivelle est sympa, solide et puissante comme je l’explique au début. Je n’ai pas réussi à la dévisser, je n’ai pas insisté car je ne voulais pas l’abimer. En tout cas elle tourne à la perfection!

 

 

Voilà pour la partie mécanique. En cours de pêche, le Spartan est agréable et on apprécie sa vitesse de récupération. Il lance bien et n’occasionne pas de perruques. Fiumara l’a testé en mer en kayak et du bord et l’a jugé très bon, malgré le frein irrégulier. Il a décroché un beau poisson mais hélas n’a pas conclu avec une prise, c’est la pêche…J’ai eu un peu plus de chance sur mes lacs avec 2 brochets à peine maillés qui n’ont pas fait chanter le frein mais j’ai apprécié ce moulinet, le couple est bon et il ne pose pas de problème en cours d’utilisation.

 

J’ajouterai pour l’anecdote qu’après une touche d’une rare violence j’ai du mener un âpre combat contre un adversaire rusé et massif qui a mis les engrenages du Spartan à mal ! Au bout d’une lutte sans merci au milieu des herbiers qui a durée presque 10 minutes j’ai réussi à mettre au sec ce splendide spécimen de Limandus Badmintonia qui hantait depuis des années les eaux du lac! Il paraît qu’ils vivent en couples, je ferai peut-être le deuxième une autre fois…

 

 

En conclusion et bien que je le trouve sympathique, je ne conseille pas d’acheter ce moulinet à cause des trop nombreuses pièces en plastique qui le composent et à cause de son prix élevé. Dommage car sa roue de commande est excellente et son frein puissant, mais ça ne fait pas tout.. L’anti-retour est trop basique et il faudrait ajouter une ou deux entretoises à la sortie de la roue de commande pour atténuer le bruit d’engrenage. Le graissage était quasi inexistant et le frein irrégulier, ça fait trop de défauts cumulés. Vraiment dommage car il suffisait de peu et ce moulin aurait mérité plus que la moyenne. En l’état je lui donne 9/20, avec néanmoins mes encouragements 😉 !

 

Texte et photos : Jean-Paul Charles et Guy « Fiumara »

16 réactions sur “Le moulinet Piscifun Spartan 4000

  1. Bonjour et merci Jean-Paul pour ce décorticage que j’attendais avec une grande impatience.
    Je l’ai réellement trouvé agréable, mais dommage que « son ramage ne se rapporte pas à son plumage ». Mais bon, il faut revenir sur terre et accepter une fois de plus cette déception.
    J’enrage toujours de voir que des efforts sont faits, mais qu’elles sont anéantis par des mesquineries…
    Vivement le prochain.

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    • Salut Guy,

      Ben oui, moi aussi j’ai été un poil déçu par ce que j’ai trouvé à l’intérieur… et comme toi je le trouvais bien de l’extérieur! Merci de l’avoir testé longuement.
      Le prochain c’est le Penn Spinfisher VI… A priori pas mal, mais je l’ai pas encore désossé 😉 !

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    • Cost-killer blues….. Et le pire c’est que c’est fait de facon completement incoherente : une roue usinée comme on trouve que dans les productions haut de gamme, et a coté des pieces en plastique qui condamnent la duree de vie du moulin, alors que ca represente une economie ridicule par raport au recours a une version plus robuste

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  2. Salut Jean-Paul.
    Encore un super décorticage. Merci. Dommage vraiment pour ce moulinet qui semblait très prometteur. Il m’a fait de l’œil fut un temps. Je m’étais arrêté aux commentaires négatifs récurrents et à son prix « relativement élevé ».
    ça stagne ça stagne côté moulinet chinois…

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  3. Bonjour ,

    Possédant plusieurs moulinet chinois ( Valiant eagle Kastking, Piscifun Carbon X and co ) pour avoir un frein régulier et précis il faut ébavurer les disques en carbone sur le tour (il faut casser les angles,ébavurer) , je fais ca au papier 1000 à l’eau , et je « rode » ensuite les surfaces d’appui (je l’es ponce au 1000 également) , les disques acier ont également un sens (face rodée/bombée et face saillante) , un poil de graisse « Mos2 » au bisulfure de molybdene (ne pas sur graisser…) et hop , instantané, frein très précis et déjà rodé . Pour l’entretien , je rajoute un goute d’huile de boite moto 10w40 à l’occasion.

    Étant mécanicien de métier cette technique s’utilise sur les plaquettes de frein(rodage) ou disques d’embrayage , ce que sont en fait les freins de moulinet ,un vulgaire embrayage.

    Salutations.

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    • Merci pour l’astuce. Logiquement un frein devrait marcher sans bricoler, mais bon… avec les chinois il faut parfois mettre les mains dans le cambouis 😉 ! Le graissage est souvent nécessaire, pour l’ébavurage je n’ai pas encore testé, je vais essayer.

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      • C’est surtout livré « brut » , sur vos photos , on voit clairement les bavures de carbone dépasser , ce sont ces petits grains qu’on peut sentir au touché dans la graisse d’origine parfois qui font que le frein n’est pas précis . Beaucoup de gens pensent que plus c’est « granuleux » , mieux ca va fonctionner , c’est tout l’inverse , un frein on veut qu’il « glisse » (dans une certaine mesure) 😉

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      • En fait il y a deux écoles : ceux qui préfèrent un frein « rugueux » et puissant et ceux qui veulent un frein plus « smooth » et régulier mais moins puissant. Perso je cherche un compromis entre les deux… Le secret des grands fabricants pour obtenir ça réside dans la qualité de la graisse utilisée et la qualité du carbone. Un ou deux roulements sur la bobine ça aide un peu aussi!

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  4. Je l’ai acheté en taille 6000 à 65eur, j’avais besoin d’un moulinet robuste avec un frein très puissant. Mes quelques remarques:
    La contenance ne me semble pas être celle annoncée (ou bien ma tresse était plus grosse qu’annoncée… j’arrive à une contenance plus de 2 fois inférieure!!!).
    Le moulin reçu avait l’axe principal légèrement courbé, peut-être du fait d’une chute entre l’usine et le vendeur Aliexpress. Je l’ai donc contacté et il m’a envoyé un axe de remplacement après plusieurs semaines d’attente (directement de l’usine, d’après lui).
    Du coup, je me pose la question suivante: est-ce que vous ne trouvez pas cet axe sous-dimensionné par rapport au poids, assez lourd, du moulinet? Le diamètre exact est de 4,4mm.
    Autrement, je ressens le bruit des engrenages lorsque je mouline (même après l’avoir démonté et regraissé complètement pour remplacer l’axe défectueux).

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    • Bonjour,
      Pour la contenance je n’ai pas mesuré exactement la véracité de ce qui est annoncé pour le 4000 (150m de 30/100) mais j’ai simplement noté que j’ai mis plus de backing en nylon que de tresse! Le diamètre des tresses est de toute façon souvent sous-estimé par les fabricants, elle sont généralement plus « grosses » qu’annoncé…
      Le diamètre de l’axe est correct sans plus. 4mm pour le 4000 et donc 4,4mm pour le 6000. C’est un peu juste, c’est vrai, mais l’acier est de bonne qualité à priori. Le mien ne s’est pas faussé après mes tests extrêmes au peson.
      Moi aussi j’ai un léger bruit d’engrenage mais ce n’est pas un signe de mauvaise qualité, c’est l’ajustage qui n’est pas assez précis, il faudrait qu’il y ait des côtes au centième pour que ça disparaisse. Je suis en train de tester un Penn Spinfisher VI : c’est pareil 😉 !

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