Les moulinets Centaure

La gamme des moulinets Centaure est un bel exemple de la production Française d’après-guerre. Bien moins connus que les Mitchell, Luxor, Bretton et autres, ces moulinets au look très réussi n’ont pas eu à rougir face à la concurrence de l’époque, ils étaient de qualité équivalente. Ils m’ont toujours tapé dans l’œil quand je les voyais en photo, j’avais bien envie d’en examiner un de près !  C’est chose faite depuis peu, j’en ai déniché un en bon état dans une brocante et vous allez voir que cette marque était en avance sur son temps…

 

 

L’histoire de la marque Centaure débute en 1947 avec la mise sur le marché d’un moulinet éponyme. Les premiers brevets sont cependant déposés en 1944 par la Société Française des Conduites d’Eau (C.F.C.E) à paris, mais il semblerait que ce soit Monsieur Camille Thibaut qui travaillait pour la Compagnie qui en soit l’inventeur. Ces brevets comportent des innovations importantes comme la bobine enveloppante, les masselottes d’équilibrage dans le bol et le galet tournant sur le pick-up. C’est aussi l’un des premiers moulinets à posséder un roulement à bille à la sortie du pignon comme nous allons le voir.                                                               Brevet de 1944 pour le galet tournant

 

Le Centaure que j’ai examiné fait partie des premiers modèles, il doit dater d’une période comprise entre 1947 et 1950. Il s’agit du modèle D1, avec galet en acier. Le modèle D avait un galet en agate. D’un poids de 375g, il s’agit plutôt d’un moulinet mi-lourd destiné au brochet et au saumon, et à la pêche en mer. On peut le trouver en brun, en noir ou en vert foncé.

On remarque tout de suite la semelle (le pied) en forme de poing américain, qui lui donne un look agressif incomparable ! Cette semelle est très longue (8,5cm), ce qui nécessitait l’emploi de cannes aux porte-moulinets adaptés… J’ai eu du mal à la faire rentrer sur une canne surf moderne…

Ce moulinet était livré d’origine avec deux bobines de capacité différente. Un petit luxe que nos fabricants d’aujourd’hui nous font désormais payer au prix fort… Cette bobine est enveloppante, chose rare pour l’époque. En effet la plupart des moulinets possédaient des bobines enveloppées comme le Mitchell 300 par exemple. C’était la préfiguration de nos moulinets modernes.

D’un diamètre de 64mm, elle devait sûrement lancer très loin. A l’époque le nylon était encore un produit haut de gamme, on utilisait plutôt du gut, une soie animale dont les diamètres étaient compris entre 28 et 50/100. Le gut était assez rigide car enrobé d’une résine (qui le rendait parfois collant) et demandait un certain entretien, comme les soies pour la pêche à la mouche. Le nylon a été une vraie révolution, on n’imagine plus trop à notre époque à quel point son usage à démocratisé la pêche de loisir…

Cette bobine en aluminium ajouré possède un moyeu (lui-aussi en alu) dévissable. Pourquoi ? Mystère ! On pouvait changer de bobine sans dévisser le moyeu, on comprend mal son utilité.

Équipée à l’origine de deux disques de frein ( un dans la partie haute, sous la rondelle anti-tournoiement et un sous sa partie basse au niveau de la roue crantée de l’axe), ces disques ont disparu sur mon moulinet, sans doute égarés au cours des années. Le ressort qui actionne le cliquet bruiteur est très solide et produit toujours une agréable musique !

 

Le bouton de frein est vraiment bien pensé : en deux partie, la pièce du dessous est mobile (flèche rouge), elle est actionné par un puissant ressort qui lui permet de rentrer à l’intérieur du bouton et d’exercer une pression constante sur le disque.

Le Pick-up était soit index, soit prise au doigt. Ici il est index, c’est-à-dire qu’on a une amorce d’anse de panier qui ne fait pas le tour complet du bol. On l’actionnait soit en appuyant sur la molette située sur le côté, soit directement en poussant l’anse à la main.

Un ressort de renvoi situé à l’intérieur du bol permettait au pick-up de se rabattre en donnant un tour de manivelle grâce à la pièce située à la sortie du pignon qui faisait à la fois office de butée et de port de maintenance. En la dévissant, on pouvait injecter quelques gouttes d’huile.

 

Le galet de mon Centaure était complètement bouffé par la rouille…

Heureusement « Tonton Guy  😉 » avait des pièces de rechange et m’a envoyé une anse neuve récupérée sur une épave et un galet qui provient d’un vieux Daiwa mais qui s’adapte parfaitement ! Pas très orthodoxe mais la configuration est proche de celle d’origine. Le bras est boulonné à la base du bol et l’anse possède un méplat qui est maintenue par une vis au sommet. Une fois assemblé, l’ensemble permet à l’anse de ne pas toucher la bobine en cours d’utilisation, le méplat sert à ça. Ce galet tournait assez peu je pense, même neuf. C’était une pièce d’usure à surveiller.

Comme beaucoup de moulinets de l’époque, les engrenages du Centaure sont de type conique, ce qui donne beaucoup de force et de solidité à la récupération. Une fois retiré le carter, la roue de commande apparaît.

Cette roue (ou cette couronne pour reprendre le terme de l’époque) est en Zamak moulé. D’un diamètre de 47mm, elle était suffisamment solide pour durer de longues années.

Au dos, on aperçoit les crans de la crémaillère de l’anti-retour.

Sur le carter, le ressort qui actionne l’anti-retour.

L’oscillation se faisait grâce à l’excentrique situé sur la roue de commande, composé d’un téton vissé.

Le téton actionnait la coulisse maintenue grâce à deux vis sur l’axe principal d’une épaisseur de 6mm, c’était du costaud ! C’est de l’oscillation directe, donc on ne pourrait pas utiliser de la tresse sur ce moulinet car la course de la bobine est trop brève mais l’enroulement obtenu avec du nylon est correct et ne pose pas de problème.

A l’arrière du moulinet, une petite pièce en bronze bloquée par une vis servait à maintenir l’axe.

Un capuchon dévissable enfin, permettait de lubrifier l’axe sans avoir à démonter le moulinet (flèche rouge).

Le bol est vissé sur le pignon en laiton. Un écrou en aluminium pas-à-gauche le maintien, il faut ensuite dévisser le bol pour apercevoir le roulement situé en-dessous.

Le pignon ni le roulement ne sont complètement démontables, l’ensemble ayant été serti par le dessus, mais on comprend qu’il s’agit de billes disposées sur un chemin de roulement. Ce n’est pas aussi bien qu’un roulement à cage car on ne peut pas le remplacer s’il est grippé mais disons que cela procure une certaine douceur au moulinet, pour l’époque c’est du grand luxe ! Dès 1947, les ingénieurs avaient commencé à réfléchir à la manière de diminuer les frottements…

La manivelle se visse directement sur la roue de commande, elle est très simple mais très solide et la poupée (poignée) en bakélite. Maintenue par une vis en aluminium, une fois correctement lubrifiée elle tourne à merveille.

J’ai adoré démonter ce moulinet simple, élégant et solide. Les Centaures étaient vraiment de sacrés bons engins, fait pour durer. Le souci apporté aux détails et la qualité des matériaux en faisaient les égaux des autres marques prestigieuses de l’époque.

D’autres modèles suivirent, comme, le centaure Pacific, le River, le Caribe, qui apportèrent leur lot d’amélioration. Centaure produira aussi des modèles à tambour tournant de qualité (Castor, Salmo, Tornado). La marque perdurera jusqu’en 1971 avant de disparaître complètement. Dommage.

 

Les Centaures sont des moulinets originaux et passionnants à collectionner. Relativement communs, leur prix reste encore abordable et leur solidité les a préservé des outrages du temps, ils sont en général en bon état.

Texte et photos : Jean-paul Charles Merci à Guy Nadales pour les infos, les pièces détachées, et les pub d’époque!

 

 

 

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9 réactions sur “Les moulinets Centaure

    • Les années 50/60 ont été l’âge d’or des moulinets Français. Difficile de comprendre comment ce pays si inventif ait pu péricliter ensuite et que personne n’ait repris le flambeau… On a toujours le savoir-faire, bizarre qu’aucun ingénieur ne se lance dans la bataille. Il serait relativement facile de remettre la machine en marche mais pour l’instant peu de candidats!

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  1. encore un bel article merci.les gens ont peur d investir(a moins de fabriquer en chine) face au grande marque et on ferais plus confiance a un daiwa qu une marque inconnu qui aura tout a prouver sur des années d investissement pour avoir sa petite communauté d acheteur..au fait ça coûterais combien en vrais un moulinet a fabriquer?

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    • Avec les ordinateurs actuels ça irait assez vite et ça permettrai d’être rapidement connu, à condition de faire dans le haut de gamme. Quant au prix j’en sais rien, il faut un investissement de départ considérable pour les brevets, les machines, les salaires… comme pour toute entreprise!

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  2. Bonjour et merci Polo pour cette nouvelle découverte. Toujours aussi enchanté de voir les prouesse technique de l’époque. Dommage que l’aide informatique de nos jours se fasse emportée par la recherche sans modération des bénéfices. Nous aurions des merveilles, quand je vois ce que nos aïeux étaient capables de faire

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  3. Pour en avoir parlé avec lui il y a quelques années (et même s’il fait fabriquer son matos en Chine), la conception d’un moulinet aurait pu intéresser Loïc de chez Intuition (cannes hot rod) mais je ne sais pas où il en est actuellement…

    Hors-sujet : je suis fan des avions de chasse de la seconde guerre mondiale, voilà ce que nous, français, étions capables de faire en terme d’ingénierie aéronautique il y a 80 ans : http://replicair.fr/avions/dewoitine-d551/
    Avec les bon partenaires, des moyens, de la volonté et du talent, ils vont arriver à reconstruire une réplique de cet avion qui n’a volé que 2 ou 3 fois en 1940… comme quoi on est pas si mauvais qu’on veut bien le croire !!

    Aimé par 1 personne

      • Merci pour le lien sur cet avion que je ne connaissais pas, belle création à l’identique par des passionnés! Pour les moulinets le problème est je crois la concurrence plus que le savoir-faire… Trop cher à produire en France sans doute…et si c’est pour délocaliser en Chine ou au Vietnam on voit mal où serait l’intérêt!

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