Au pays des carpes… volantes!

Ce mois-ci c’est René Lacaze, journaliste halieutique et cynégétique fraîchement retraité mais qui reste très actif dans le domaine de la pêche comme conseiller technique de Club Halieutique Interdépartemental ou investi dans des associations de pêcheurs spécialisés en eau douce comme en mer, qui m’a aimablement ramené un petit reportage sur son dernier séjour au Japon. Il faut dire que là-bas la pêche est une institution et la mer omniprésente! René nous propose donc une petite ballade dans un grand magasin Tokyoïte, histoire de nous faire saliver, même si les prix sont hélas aussi élevés que chez nous…

 

Si c’est là que le soleil se lève, selon la tradition occidentale, c’est là aussi que l’inconscient des pêcheurs…   – occidentaux toujours ! – situe l’Eldorado de l’halieutisme. Oubliée au passage l’histoire de la pêche de loisir dont les premières grandes marques de réputation internationale furent…. françaises ! Le Japon qui nous a ravi le leadership dans ce domaine, comme il l’a fait de la même manière pour le matériel photographique, l’électronique, la moto… bientôt le train (?), domine encore ce marché – mais pour combien de temps encore ? – du fait des ambitions de son colossal voisin chinois ?  Après avoir copié, il a innové en écrasant la concurrence, mais il pourrait subir à terme le sort qu’il a lui-même infligé à l’industrie occidentale. Et pas que la grosse industrie… Saviez-vous qu’aujourd’hui, les meilleurs whiskies sont japonais ? Les Écossais ont du souci à se faire ! L’essence de l’esprit nippon c’est de toucher à la perfection dans tous les domaines, et il faut bien admettre qu’il y parviennent souvent.

Dans ce pays où une voiture porte le nom singulier de «  Lapin  », où le costume trois pièces de l’affairiste côtoie les vêtements traditionnels dans des rues grouillantes de monde, où l’on vénère les animaux, élevés au rang de déités, comme Tanuki, personnage ursin mythique arborant chapeau de paille, bouteille de saké, mais surtout un petit zizi surmontant des testicules démesurés (!!!), il faut s’attendre à tout… sauf à des miracles !

Le business surclasse les religions, et l’on touche ici au paroxysme de la société de consommation. C’est l’abondance du fait d’un niveau de vie supérieur au nôtre… mais qui a laissé tout de même 13% de la population sur la touche depuis la crise de 2008.

Entrer dans un magasin d’articles de pêche provoque un choc… un de plus dans ce pays pas comme les autres ! Je vais y venir…

Mais avant, portrait du Japon… car ceci explique cela…

Pays de l’eau, sur l’eau !                                                   Le lac Ashi, avec le mont Fuji en arrière-plan

Ce qui semble étonnant quand on visite Honshu, l’île principale abritant la capitale Tokyo, et d’autres villes importantes comme Osaka (la ”Marseille” du Japon selon les Japonais eux-mêmes), Kyoto, l’ancienne capitale impériale, ville-musée qui recèle des trésors d’architecture, Nagoya, Hiroshima, c’est… l’état des rivières !

Est-ce pour… alimenter les rizières, ces rizières qui viennent toucher les murs des maisons tant l’urbanisation est importante et tentaculaire, au point qu’il apparaît que le moindre mètre carré est vital pour produire de la nourriture ? Sans doute !

Ces rivières sont quasiment toutes, en effet, affreusement artificialisées, coulent entre des murs de béton, sont ”hachées” par des seuils qui les jalonnent d’hectomètre en hectomètre parfois ! Un pêcheur français ne tenterait même pas d’y lancer sa ligne…

Les pêcheurs que j’ai vus là-bas, lors de mes deux voyages successif au printemps 2016 et à l’automne de cette année, pratiquaient en lacs, en street fishing (à Okayama, en bordure d’un des plus beaux parcs du Japon et au pied du château médiéval dit du ”Corbeau”), et en mer, car elle est partout, cette mer (intérieure), annexe de cet océan dit Pacifique !

Je pense que les plus belles rivières se situent dans l’île située la plus au nord, celle de Hokkhaido. À découvrir lors d’un prochain voyage, sans doute !

Où pêcher dans ces conditions ? En mer bien sûr car, je le répète, elle est partout, jusqu’ à s’insinuer parfois profondément dans les terres. Le Japon c’est comme une escadre de navires croisant depuis les tropiques jusqu’à la limite du cercle polaire, soit d’Okinawa, l’une des îles de l’archipel les plus connues pour certains faits d’armes, la plus au sud, à Hokhaido la plus septentrionale…

La culture du poisson

Si les Japonais sont pêcheurs, ils sont aussi de gros consommateurs de poisson. Il représente 70% de leur régime alimentaire et 90% de ce poisson est consommé cru…                                                                    des Shishamos…ce nom ne vous rappelle rien?

Il faut visiter le marché aux poissons tokyoïte de Tsukiji, le plus grand au monde, pour s’immerger dans cette réalité. Mais partout dans les rues dominant les établissements de restauration, effigies de poissons géants, notamment les célèbres fugus (poissons globes), de céphalopodes (poulpes et calmars), de crustacés aussi, avec une préférence pour l’araignée de mer, témoignent de ce phénomène véritablement culturel d’un lien étroit, symbiotique avec la mer.

Je vais en faire hurler certains, il est toujours possible de consommer de la viande de baleine – qui n’est pas un poisson on le sait ! – dans certains restaurants ! Je n’ai pas tenu à l’expérimenter par conviction.

Quant aux fugus, ils sont souvent exhibés vivants, en aquariums, devant les restaurants dont ils sont la spécialité gastronomique renommée… pour les Japonais surtout !

 

Supermarchés de la pêche

Prendre soi-même les poissons que l’on consomme est, dans l’Archipel, aussi populaire que l’autre sport national : le base-ball !

Lors de mes deux séjours là bas, pas le temps d’aller à la pêche cependant, car la soif de visiter, de découvrir un pays tellement différent du nôtre était trop grande. Par contre, j’ai fréquenté deux fois un magasin de pêche, situé sur trois étages d’un immeuble moderne, près du mythique carrefour de Shibuya à Tokyo, où de véritables mascarets humains se croisent et se recroisent, se mélangent au milieu des voies lorsque les feux tricolores passent au vert pour l’énorme masse de piétons qui vont on ne sait où…

Trois étages donc. Au second (le rez-de-chaussée est considéré là-bas comme un premier étage) toute la pêche en eau douce.

Au troisième (notre second), tout ce qui est nécessaire à la pêche en mer.

Et au quatrième, les appâts pour toutes les formes de pêche.

Je vais vous confier quelque chose si vous décidiez d’aller au Japon. N’entrez surtout pas dans un tel magasin avec un projet d’achat arrêté avant le voyage.

Pour ma part, j’avais prévu de ramener du Japon un Saltiga pour la pêche du thon et une canne tenryu injection ou son équivalent japonais pour pêcher le bar en bateau, sachant bien que les modèles distribués en France sont différents de ceux disponibles au Pays du Soleil Levant, où les Tenryu, d’abord, ne sont pas rouges !…

Pour le saumon dans les gaves pyrénéens, quelques D-Contact en taille 85mm en plus !

Chez Johshuya, puisqu’il me faut citer le nom de cette boutique faisant partie d’une chaîne qui est la plus importante dans la spécialité, on se dit de prime abord, lorsqu’on franchit la porte, qu’on va tout trouver et plus encore !…

”Mon” Saltiga… Il est resté là-bas… La différence de prix étant trop faible (même pas 80_€) par rapport au prix français, alors même que le Yen venait de connaître une baisse sensible.

Je me suis rabattu sur un Shimano Stella 4000 HG pour le bar qui, à 60.400 yens (457€), était par contre entre 100 et 200€ meilleur marché que ce qu’on peut trouver sur le web… Mais comme ce n’était pas LE ”moulin” que je voulais acheter, et que je n’avais pas le temps de la réflexion, il est resté lui aussi dans sa vitrine !

Je me suis rabattu un peu par dépit et pour ne pas repartir les mains vides sur un ”petit” Stradic 4000 HG à 125€, mais le vendeur m’a précisé à trois reprises au moins que ce n’était pas un modèle fabriqué au Japon !!! Fierté nationale…

”Ma” Tenryu, je l’ai cherchée et pas trouvée elle non plus. En outre, les vendeurs ne se sont pas montrés trop coopératifs lorsque j’ai cité cette marque, pourtant locale et présenté chez nous comme le fleuron de la technologie du carbone appliquée à nos ”rods”. Elle occupait d’ailleurs la portion congrue dans l’énorme linéaire de cannes exposées sur près de 20 mètres. Daiwa et Shimano envahissaient par contre la majorité de l’espace, mais pas les cannes convoitées.

J’ai juste trouvé deux modèles, dénommés Tenryu Swatch de 2,10m chacun dont les puissances étaient voisines : 5 – 25 grs pour l’une, 6 – 30 pour l’autre, à respectivement 43.200 et 38.700 yens, soit 325 et 295€. Donc, face au doute, je me suis abstenu.

Restaient les D-Contact !!! Et bien, déception là encore, aucun modèle en taille 85mm !!! Je me suis rabattu par dépit sur deux malheureux 65mm de couleurs disons ”exotiques”, à 12,50€ pièce.

Petits achats donc par rapport à mon prévisionnel, et une belle déception tout de même !

Mais rien n’est perdu car mon plus jeune fils étant installé au Japon depuis quelques mois, j’ai là-bas désormais une ”antenne” pouvant m’expédier les matériels dont je suivrai l’évolution des prix via internet…

À part ça, les rayons regorgent de leurres presque à l’infini. Mais en possédant une collection de près de 500 (dont beaucoup venus de Chine), je n’avais pas de besoin particulier et, ayant en plus mes modèles fétiches, qui ont fait leurs preuves, j’hésite à en essayer de nouveaux.

Je vous laisse peut-être – sans doute même – sur votre faim !

Mais je pense – je le répète – qu’il ne faut pas aller là-bas avec des idées préconçues sur le matériel qu’on veut acquérir.

Enfin, il faudrait pouvoir prendre son temps, beaucoup de temps pour prospecter des dizaines, voire des centaines de mètres de rayons pour dénicher l’objet rare, l’arme absolue…

Ce temps là, je ne lai pas eu ! Je le prendrai sans doute à ma prochaine visite dans l’Archipel nippon, et je consacrerai sûrement aussi de mon temps à une ou plusieurs parties de pêche là-bas, peut-être avec le père de ma future belle fille japonaise qui, je le sais sans l’avoir encore rencontré, pêche là bas, très au nord et sous la glace, des poissons dont j’ignore tout !                              

 

Texte et photos : René Lacaze

 

 

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5 réactions sur “Au pays des carpes… volantes!

  1. Merci René pour ce joli voyage. Japon pays du pêcheur roi, finalement notre bonheur est prêt de chez nous surtout avec les sites de VPC. Je pensais leur marché plus protectionniste, mais finalement ils sont également « envahis » par le le made in China. Encore merci pour cette belle découverte

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    • C’est sûr… La VPC a aboli les distances.
      Ce qu’on remarque là-bas c’est l’abondance de matériel présenté.
      Dans la vitrine des moulins hauts de gammes de Daiwa et Shimano, pas un ne manquait à l’appel. Ils y étaient tous, dans toutes les tailles…. Ça permet une prise en main qui peut déclencher la démarche d’achat.

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      • Pouvoir toucher ce que l’ont souhaite acheter et un vrai plus; et ça c’est très difficilement (voir impossible) à réaliser dans un magasin français. En attendant, merci pour cette belle visite

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  2. Merci pour ce voyage René! Je retiendrais qu’il faudrait prévoir au moins 3 jours entiers juste pour la prospection des boutiques de leurres…
    Ce pays m’a toujours attiré, mais avant ça sera l’Écosse 🙂
    Arvi pa

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