Vidange du barrage de Bimont II : Quelques chiffres…

Le sujet me tient à cœur et je voulais avoir de plus amples renseignements au sujet de la vidange du barrage, d’autant plus que le site de la Fédération de pêche des Bouches-du-Rhône n’a absolument pas communiqué à ce sujet et qu’elle ne répond pas aux questions… Je me suis donc tourné vers la Société du Canal de Provence qui dirige les travaux et là j’ai eu quelques éclaircissements sur le sort réservé aux poissons et sur l’avenir du lac. Plusieurs pêches de « décompression » ont été effectuées afin de préserver le cheptel et les résultats sont intéressants, ils permettent de mieux comprendre ce qui se passe sous l’eau…

Ça-y-est, c’est fini, le barrage est vide ou presque! Il ne reste plus qu’une petite flaque de deux hectares au pied de la retenue… Je m’y suis promené l’autre jour pour faire quelques photos et c’est toujours aussi impressionnant!Les endroits où je pêchais d’habitude par 30m de fond sont accessibles à pied sec, j’ai erré dans les gorges complètement fasciné par ce paysage minéral…Tout va rester comme ça pendant deux ans, la végétation va repousser lentement et j’avais pleins de questions à poser au sujet de l’avenir de ce plan d’eau. Je me suis donc tourné vers la Société du Canal de Provence qui a bien voulu m’éclairer sur ce sujet.

Je tiens d’abord à remercier Agata Sferratore et Julien Rubio  de la SCP qui ont pris la peine de répondre en détail à mes questions et de me fournir quelques photos car, comme je l’ai dit en préambule, la Fédé 13 est aux abonnés absents…J’ai donc pu avoir une estimation des prises effectuées aux filets, ce qui est du plus grand intérêt pour nous pêcheurs! C’est la société SAUV’PECHE de M. Nicolas Courbis, pêcheur professionnel, qui s’est chargé de cette mission. Les techniques de pêche principalement utilisées ont été la pêche à la senne à partir du bord, et la pose de trabaques (système d’assemblage de verveux). Pêche électrique en appoint. Un petit film tourné en mars nous montre quelques captures, que vous pouvez voir ici: https://www.youtube.com/watch?v=0G-P4X1gsH0&t=10s                                                                               Photo : SCP

Dans l’ensemble, le tonnage est faible pour une retenue qui fait un peu plus de 14 millions de m3 lorsqu’elle est pleine. Il ne s’est pris au cours de ces trois pêches aux filet que 2100 kg de poissons environ, toutes espèces confondues. A ce sujet, les principales espèces recensées sont, dans l’ordre:  Ablette, Gardon, Perche, Brème, Sandre, Brochet, Carassin, Carpe, Perche-soleil. Espèces complémentaires: Chevesne, Grémille, Écrevisse américaine.J’ajouterais personnellement le Goujon, j’en ai souvent pêché au coup… Cette faible biomasse s’explique en partie par la configuration du lac (profond et encaissé, sans plateaux de faibles profondeurs, sauf la partie amont), les marnages importants et la faible teneur en nutriments transportés par l’eau du Verdon.                                                                              Photo : SCP

Pas de poissons-chats ni de silures. J’ai entendu plusieurs rumeurs faisant état de silures mais j’étais un peu septique…Un pêcheur m’avait même raconté s’être fait « démonter » par un moustachu en pêchant au vif, et comme souvent dans ces cas là il devait s’agir de grosses carpes qui, lorsqu’elles atteignent un certain poids, n’hésitent pas à gober une ablette (ou un leurre) de temps en temps!                                                                             Photo : SCP

Les plus gros poissons capturés: Carpe: 17 kg environ, brochet 12 kg, perche 1,5 kg, sandre 3kg. Au sujet du sandre beaucoup de juvéniles ont été pris lors des dernières pêches, mais pas de gros sujets, étrange…Les poissons capturés au cours des différentes relèves ont été temporairement stockés dans des cages flottantes (une cage à grands carnassiers : brochet, sandre, carpe ; une cage pour les petits poissons), avant transport par camion aquarium vers le lieu de relâche. Les sandres ont été transportés à part, car le mucus des autres poissons pouvait leur colmater les branchies.                                                                                     Photo : SCP

Restait à savoir dans quels lacs de la région les poissons avaient été relâchés. En fait il n’y a pas beaucoup d’endroits dans la région qui peuvent accueillir tous ces poissons. Au cours de la pêche de mars 2017 les poissons ont été relâchés à trois reprises dans le Lac de Peyrolles, un lâcher dans l’étang de Fontvenelle à Gardanne et un lâcher dans l’Arc à Trets. Toutes les captures de la pêche de novembre 2017 ont eu comme lieu de destination le Lac de
Peyrolles. Le lac de Peyrolles est vaste mais la partie réservée à la pêche assez restreinte, l’essentiel du lac est destiné aux activités nautiques plus « fun » style ski nautique! J’y ai pêché une fois l’année dernière, j’ai vite compris que ce ne serait jamais mon lieu de pêche favori! C’est juste insupportable l’été et sinistre en hiver…De toute façon ne rêvez pas, inutile de vous précipiter là-bas en espérant y faire une pêche miraculeuse, la proportion de carnassiers déversés est relativement faible et ce sont surtout des juvéniles.                                                                                 Photo : SCP

Que reste-t-il dans Bimont?  Les pêches au filet réalisées sont dites « pêches de décompression » et pas « de sauvegarde », c’est-à-dire que le but n’était pas de tout pêcher, mais plutôt d’éviter des conditions de surpopulation dans le volume restant (le lac est passé d’un volume de 14 millions de m3, à 0.5 Mm3 environ). Donc il reste
des petits poissons (brochetons, petits sandres, perchettes, poisson blanc type ablettes etc.…) qui
devraient repeupler naturellement la retenue (surtout avec un moindre nombre de gros prédateurs).
Si cela s’avérait ne pas être suffisant, des solutions éventuelles pourraient être prévues par le biais
du bail de pêche. Un rempoissonnement donc. Contrairement à mes attentes, le black bass ne fera toujours pas partie des espèces introduites, l’eau étant trop froide en hiver et la prédation par les brochets trop importantes.

Un point important: la pêche est désormais INTERDITE! Article R436-12 Code de l’Environnement : « il est interdit
de pêcher dans les parties de cours d’eau, canaux ou plans d’eau dont le niveau est abaissé
artificiellement… ». Des panneaux rappelant cette interdiction seront déployés aux alentours du barrage, souhaitons qu’ils soient réellement efficaces…
Il est prévu que la SCP se réunisse avec la Fédération de Pêche et les communes riveraines
pour discuter du bail de pêche, qui est à renouveler. Pour l’instant la date de la réunion n’a pas été
fixée.

Question plus « hydraulique », j’avais noté que les lacs de barrage situés plus haut sur le Verdon et qui
alimentent Bimont, n’ont pas subi de marnages notables pour l’instant, en sera-t-il de même dans les
deux prochaines années? Le lac d’Esparron notamment ne risque-t-il pas de voir son niveau baisser
pour maintenir l’alimentation en eau de la dérivation de Bimont?
En fait non, Bimont est alimenté à 90% par les eaux du Verdon, en provenance d’Esparron par la prise du canal
mixte EDF/SCP. Il n’y aura aucun changement dans les conditions hydrauliques amont, pour la simple
raison que le prélèvement d’eau reste le même qu’auparavant ; simplement, l’eau transitera
directement par la dérivation, sans passer par la retenue du barrage.
Vous pouvez avoir une explication au sujet des travaux et en particulier de la mise en place de la
dérivation par la vidéo suivante https://www.youtube.com/watch?v=OnkrQ3l7gK0

Autre question qui me taraude, lorsque le niveau remontera en 2019, est-il prévu des travaux d’élagage sur les
rives? Car actuellement et avec un niveau assez faible ces dernières année, la végétation est
descendue très bas et sera noyée lors de la remise en eau à une côte plus élevée, rendant l’accès aux
rives impossibles pour les promeneurs et les pêcheurs, ça sera comme sur cette photo prise en début d’année où la côte avait été relevée subitement:A la fin des travaux, la cote d’exploitation du barrage sera effectivement progressivement
rehaussée, avec des paliers successifs comme demandé par le Comité Technique des Barrages et
Ouvrages Hydrauliques. Les études règlementaires et la concertation avec les Services de l’État
concernant la rehausse du plan d’eau sont actuellement en cours. Bref, on ne sait pas trop ce qu’ils prévoient mais ça risque d’être un poil compliqué pour lancer une cuillère!

Pour finir, et comme on est sur un  site classé, j’aimerai un peu plus de prévention et de gardiennage, pas seulement pour la pêche mais aussi pour les risques d’incendies en général. J’ai trouvé plusieurs fois des feux de camps encore fumants en plein été dans la garrigue, c’est un miracle que le Grand Site Sainte-Victoire ne soit pas déjà parti en fumée!!!

J’ai bien peur aussi que les cormorans et les hérons ne se régalent des poissons restants, j’ai compté 22 oiseaux noirs et 2 échassiers en bordure de la réserve : avec moins de 10m d’eau ils risquent de faire un carnage tout l’hiver…Soyons quand même optimistes et espérons que la nature reprenne le dessus dans deux ans, aidée je l’espère par un petit coup de pouce d’Homo Sapiens, et que ce barrage redevienne le petit paradis que j’ai connu!

 

Texte et photos : Jean-Paul Charles + Photos de la Société du Canal de Provence

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10 réactions sur “Vidange du barrage de Bimont II : Quelques chiffres…

  1. Merci Polo. Les images sont sublimes. Dommage que l’homme n’associe pas utilité publique et aménagement piscicole lors de la réalisation de tel barrage. Un fosse profonde n’a jamais été bénéfique aux poissons; la présence de quelques plateaux changeraient tout

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  2. Même pas un vieux rapala..dommage, avec tout ce qui a du être perdu..
    Par contre ceci va te laisser du temps pour faire du repérage… à savoir quand le poisson va revenir après la mise en eau… il va falloir du temps, beaucoup de temps.

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    • J’ai trouvé pas mal de trucs au début de la vidange, il faut dire que la plupart des leurres se perdent dans les 20 premiers mètres. Au-delà il n’y a plus grand chose!
      Logiquement les deux années qui suivent la remise en eau sont fastes, on assiste à une explosion démographique, puis ça se tasse un peu à la longue pour revenir à une situation normale, je reste donc optimiste.

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