Tucunaré!

J’ai la chance d’avoir des copains globe-trotters et pêcheurs passionnés qui parcourent le monde à la recherche de poissons mythiques… Ils me racontent ensuite leurs voyages lointains, ça me change de mes brochets à peine maillés! Sylvain est de ceux-là, il a eu la gentillesse de faire à ma demande un reportage détaillé sur son dernier séjour au Brésil, au cours duquel il a pris de nombreux et énormes Tucunarés ainsi que d’autres espèces toutes aussi intéressantes qui hantent les méandres de l’Amazone! Un récit passionnant de bout en bout et bien sûr authentique puisque raconté par un type non sponsorisé, ça vous changera des revues de pêche habituelles et vous apprendrez pleins de trucs et astuces si vous aussi vous voulez tenter l’aventure! Merci encore à toi Sylvain pour ce beau voyage et pour les conseils.

 

2h du matin, à l’aéroport de Sao Paulo. Ca fait déjà 25h que je suis parti mais il reste encore un vol de 4 heures pour Manaus, et il part dans 5 heures…OK, j’arrête, je ne vais pas faire un article en mode “aventure”, comme il y en a tant et dont le seul but semble être de flatter l’égo de l’auteur. Je voudrais essayer d’écrire un guide pratique pour ceux qui rêvent d’aller tremper du fil dans l’Amazone et ses affluents, afin de pêcher (entre autres), l’un des plus fabuleux poissons qu’on puisse avoir au bout de sa ligne, le peacock bass, appelé tucunaré au Brésil.

S’il y en a qui ont la flemme de lire tous ces gros blocs de texte, vous pouvez regarder les photos et lire le résumé qui tient en deux phrases : aller pêcher le tucunaré n’est pas forcément très cher ni très compliqué ; et ça vaut carrément le coup !

Bien sûr, il est possible de partir via une agence spécialisée dans les voyages de pêche, mais perso ce n’est pas du tout mon truc, je préfère partir seul, en mode un peu roots, et sans doute perdre un peu de temps mais réussir à trouver les poissons et comprendre la pêche moi-même, sans l’aide d’un guide qui fait tout le boulot. De cette manière, je fais beaucoup plus de rencontres, et accessoirement ça me coute bien moins cher.

Mais d’abord, pourquoi aller pêcher le tucunaré ? Aussi gros qu’un (gros) brochet mais bien plus rapide, aussi fantasque et fun à pêcher qu’un black bass mais bien plus puissant – et j’ajouterais que pour moi il s’agit d’un des plus beaux poissons du monde. Ca suffit pas, comme raisons ? Pêcher dans des paysages sublimes et sauvages, avec une faune incroyable (dauphins d’eau douce, loutres, perroquets, milliers d’oiseaux pêcheurs…), ça vous dit ?  En plus, le Brésil est un pays vraiment sympa, la bouffe est bonne… Là, si vous êtes toujours pas convaincu je suis à court d’arguments, mais à la place vous pouvez aussi aller une semaine à Roubaix pour pêcher le poisson-chat au gros ver, c’est pas mal aussi.

              Derniers rayons de soleil sur une rivière amazonienne – une petite, même pas 1km de large.

La pêche

En préambule, je tiens à préciser que mon expérience se limite à 2 voyages au Brésil, en 2015 et 2017, et évidemment sur un nombre limité de secteurs, tous dans la région de Manaus. Il est donc tout à fait possible que certains ne soient pas du tout d’accord avec une partie de mes observations.

Pour commencer, le choix de la bonne saison est primordial : à Manaus, il faut pêcher pendant la saison sèche, qui dure de septembre à novembre. Pendant la saison humide, l’eau monte de 10 m ou plus dans toute la région, les forêts sont inondées, les poissons se répartissent sur une surface beaucoup plus grande et la pêche devient bien plus aléatoire.

Les meilleurs secteurs pour trouver les gros tucunarés sont les rivières et lacs d’eau noire – comme le nom l’indique, l’eau est noire, elle ressemble à du thé beaucoup trop infusé, d’un rouge très sombre. C’est une eau acide, très peu minéralisée et très chaude, un milieu défavorable pour la plupart des poissons mais qui convient bien aux tucunarés. Elle a aussi un gros avantage : elle est très peu propice au développement des moustiques, donc les secteurs d’eau noire sont assez confortables niveau petits suceurs de sang volants…

Si vous voulez voir à quoi ressemble, vu du ciel, un bon secteur à tucunaré, voici une petite capture de Google Earth, un coin choisi au hasard dans la région de Manaus.

                  Voilà le type d’endroit qu’il faut chercher : de l’eau noire et de nombreux bras très découpés.

                             Les secteurs de forêt immergée font partie des meilleurs postes…

En ce qui concerne les postes où se trouvent les poissons, d’après mon expérience la seule constante est qu’il n’y a pas de constante : un jour ils sont le long d’un chenal plus profond, un autre jour ils chassent le long d’une berge, le lendemain ils sont dans des arbres immergés… Il faut les chercher chaque jour. Dans les coins où j’ai pêché, j’ai observé des comportements très différents selon la taille des poissons. Les petits, jusqu’à 2 ou 3 kg, chassent en banc ; ils se servent souvent des plages en pente douce pour coincer les bancs de petits poissons le long du bord, et ils les attaquent par vagues avec une violence assez incroyable. Parfois, l’eau explose sur plusieurs mètres de longueur, et les oiseaux pêcheurs se précipitent tous pour essayer de capturer les petits poissons qui ont sauté sur la berge dans leur panique. Les poissons plus gros (autour de 5kg, disons), ont souvent tendance à être regroupés dans le même secteur, mais sans être en bans. Il m’est arrivé plusieurs fois d’en prendre plusieurs, de taille à peu près équivalente, sur quelques centaines de mètres de berges, alors que d’autres secteurs étaient complètement déserts. Donc quand je réussis à en prendre un, j’insiste dans le secteur et sur le même type de poste. Quand je suis en bateau et qu’après plusieurs heures je n’arrive toujours pas à les trouver, je pêche parfois à la traîne pendant un petit moment ; ça permet d’explorer rapidement et lorsqu’on trouve le premier beau poisson, d’insister dans le coin. Enfin, pour les plus gros poissons (au dessus de 7kg), je n’ai pas vraiment observé de règle. Il me semble qu’ils sont plus rares et solitaires, donc il faut un peu de chance et d’obstination pour tomber dessus. D’une manière générale, d’ailleurs, il faut être obstiné, comme pour toutes les pêches. Il ne faut pas croire qu’il suffit de lancer un leurre pour prendre du poisson. Même dans des rivières brésiliennes bien sauvages on peut être capot – je me souviens de 4 jours successifs de presque traversée du désert, avec 2 ou 3 petits poissons par jour alors que je pêchais avec application des postes absolument magnifiques… Il y avait un indien qui pêchait avec un poisson mort sur un gros hameçon au bout d’une bobine de 60 centièmes. Il a capturé un tucunaré d’environ 6kg devant moi mais je me suis entêté à pêcher au leurre, j’aurais peut-être dû faire comme il me disait et prendre un de ses appâts pour pêcher autre chose que des pin’s…

En mode selfie, avec un beau mâle (quand ils ont une petite bosse comme ça, sur l’arrière de la tête, ce sont des mâles)

 Le matériel de pêche

 Ça peut paraitre une évidence, mais j’ai pêché de 2 manières : du bord et en bateau. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, lorsque les niveaux sont vraiment bas il peut y avoir de nombreux secteurs propices à la pêche du bord. L’idéal étant quand même d’avoir une pirogue pour aller de l’un à l’autre.

La pêche du bord me rappelle un point important : je pense qu’il y a un seul danger un peu significatif en Amazonie, les raies d’eau douce. Elles sont nombreuses, et parfois très grandes, j’en ai vu d’un bon mètre de diamètre. Leur piqure n’est pas mortelle, mais extrêmement douloureuse, m’a-t-on dit, je n’ai pas cherché à tester. Donc évitez toujours de marcher dans l’eau à des endroits où vous ne voyez pas le fond, et d’une manière générale, habituez vous à marcher dans l’eau en faisant glisser les pieds plutôt qu’en les soulevant comme on fait normalement.

                     Un bon coin à pêcher du bord…Notez au passage l’apparence typique de l’eau noire.

Pour résumer, j’ai surtout utilisé un ensemble spinning pour pêcher du bord et un ensemble casting pour pêcher d’une pirogue. Les secteurs que je pêchais du bord étaient souvent de vastes plats, avec moins d’un mètre d’eau, où les poissons peuvent être n’importe où. D’où l’intérêt de lancer le plus loin possible pour couvrir du terrain. En revanche, en bateau, c’est plus du power fishing, avec des lancer précis et souvent à relativement courte distance, au ras des obstacles, et en avançant en permanence. En général la touche intervient dans les premiers mètres de ramener, souvent même dans les premiers 50 cm. Il est donc important de poser le leurre le plus discrètement possible pour ne pas effrayer les poissons. Et dans tous les cas, il faut être prêt à ferrer dès l’instant où le leurre touche l’eau, ce qui est très simple en casting mais nécessite une certaine rapidité d’action, en spinning, pour refermer le pick up et commencer à mouliner. Je me souviens en particulier d’une touche tellement rapide que la seule explication est que le poisson a vu le leurre arriver en vol et l’a saisi au moment où il touchait l’eau.

Dans tous les cas, lorsqu’on part loin de tout, comme en Amazonie, il me semble indispensable d’avoir au moins 2 ensembles complets en cas de casse d’une canne ou d’un moulinet. Et vu les furieux au bout de la ligne, ça ne parait pas impossible !

En ce qui me concerne, j’aime bien les cannes multi-brins, qui permettent de voyager bien plus tranquilles qu’avec les longs tubes. J’ai utilisé pour mes deux voyages des Team Daiwa en 4 brins, puissance 28-84g, qui ont bien résisté aux combats parfois très violents auxquels elles ont été soumises (longueurs d’1m96 en casting et 2m09 en spinning.) Ce n’est pas pour lancer des gros leurres que j’utilise ces puissances de cannes, mais pour qu’elles puissent encaisser des combats en force dans des secteurs parfois très encombrés. Pour donner un exemple de la puissance des tucunarés, le premier rush peut être tellement rapide qu’une fois je me suis brûlé le pouce en essayant de bloquer la bobine sur un poisson qui s’approchait dangereusement d’un gros obstacle, alors que mon frein était déjà à 6kg (mesurés) ; et ce poisson devait faire à peine plus de 6kg ! En rapport puissance/poids, je pense qu’il n’y a que certains poissons de mer qui sont comparables.

Pour les moulinets, c’est assez simple, 2 impératifs : très solides et frein puissant (minimum 5 ou 6kg effectifs, je dirais.) En casting, un ratio très élevé me parait indispensable (8:1 environ), ce sont souvent des pêches très rapides et avec un ratio lent, au bout de plusieurs jours de pêche intensive on finit par avoir des crampes dans le bras qui tourne la manivelle. Pour les moulinets spinning, les vitesses de récupération sont souvent plus rapides, donc pas de souci, mais un HG ou XG est quand même mieux ; point de vue taille, quelque chose comme un Shimano 5000 ou Daïwa 4000 me parait idéal.

Pour le fil, une bonne tresse 8 brins en taille P.E. 4, donc 40 ou 50 lbs – je ne regarde même plus les indications de diamètre données par les distributeurs en France, ils écrivent n’importe quoi… Surtout ne pas oublier de prendre suffisamment de réserve pour pouvoir renouveler le fil des 2 moulinets au moins un fois. La tresse s’use vite, il y a des arbres immergés de partout et parfois ça racle un peu pendant les combats…

En ce qui concerne la ligne, quelques précisions sur la manière dont je procède, juste pour info : j’utilise un bas de ligne en nylon très résistant, du shock leader Varivas en  60lbs et parfois en 100lbs lorsqu’il y a énormément d’obstacles (je n’ai pas eu l’impression que ça faisait une grosse différence au niveau du nombre de touches mais je peux me tromper.) Pour accrocher mon leurre, jamais d’agrafe ! La première fois que je suis allé au Brésil, dans les premiers jours des Tucunaré m’ont ouvert deux fois et cassé une fois des agrafes de 100 lbs, pendants les combats. Depuis, j’utilise un anneau soudé puis un anneau brisé de 100lbs, et je n’ai plus jamais eu de problèmes. Il faut une pince à anneaux brisés pour changer de leurre, mais comme je n’en change pas si souvent finalement ça ne me pose aucun problème. Ensuite, je raccorde avec un nœud FG ce bas de ligne à 2m environ de grosse tresse 4 brins (P.E. 8, donc 80/100lbs), qui prendra le plus gros des frottements pendant les combats. Je la raccorde à la tresse de mon moulinet avec un double nœud baril :

tp://www.euro-fly.com/PBCPPlayer.asp?PW=1&ID=357975

Pour que ce nœud ne soit pas trop gros et passe bien dans les anneaux, je fais 6 ou 7 tours avec la petite tresse mais seulement 3 avec la grosse. C’est sûr, c’est un peu moins solide qu’avec un nœud FG fait directement sur la tresse du moulinet, mais la résistance à la traction me parait un facteur moins important que la résistance à l’abrasion des 2 derniers mètres. Et l’autre avantage est qu’on peut en préparer plusieurs à l’avance et changer rapidement. J’ai parfois perdu des leurres, accrochés dans des branches, lorsque je pêchais du bord, mais je n’en ai pas perdu un seul en bateau. Grâce au nœud FG, même avec un bas de ligne très épais le diamètre total du nœud reste relativement faible. On peut donc, en bateau, rentrer le fil dans les anneaux de la canne jusqu’à faire toucher l’anneau de tête et le leurre, pour le décrocher lorsqu’il est pris dans une branche un peu profonde.

Ah oui, et tant que j’y pense : à certains endroits il y a des poissons qui ressemblent à des mini brochets avec des dents bien pointues et qui attaquent souvent le fil juste avant le leurre, ou bien au niveau du nœud de raccord, ou à l’endroit où le fil rentre dans l’eau… A force, ils finissent par l’abimer donc il faut bien surveiller et parfois changer de bas de ligne à cause d’eux.

Les leurres

Je reviendrai sur ce problème plus en détail un peu plus loin, mais un des points les plus importants pour un voyage de pêche de ce type est de réussir à réduire autant que possible le volume et le poids de bagages qu’on emporte. Et donc, grande souffrance pour le pêcheur : impossible de partir avec la grosse caisse de leurres, il va falloir faire un choix serré ! En ce qui me concerne, je n’utilise que 4 types de leurres pour pêcher le tucunaré :
1- Des poissons nageurs de type minnow peu plongeant (disons maximum 50cm ou 1m), d’environ 30 ou 40g. Seul impératif : une grande solidité. Je vais être franc, c’est le leurre qui m’a le moins bien réussi, mais il y a des fois où il est indispensable : lorsqu’il y a des gros piranha. Les autres leurres coulants que j’utilise ne résistent pas une seconde à leurs dents tranchantes comme des rasoirs.

A titre d’exemple, les Tackle House BKF 140 sont parfaits mais en France ils sont vendus à un prix vraiment prohibitif. Les Daiwa D-minnow sont bien aussi, et beaucoup moins chers ; mais ils n’ont pas une armature intégrale, donc je suis toujours un peu inquiet lorsque je combat un poisson avec. Dans tous les cas, je remplace les hameçons triples par des simples solides (par exemple les VMC Inline 7266, pas trop chers…) Point de vue couleurs, j’utilise du bien flashy et du sombre.

2- Des stick-baits flottants bien bruyants de 20 à 40g, là aussi très solides. La pêche du tucunaré aux leurres de surface est de loin la plus fun, aucun doute là-dessus. Et puis il y a des secteurs pleins de branches où seuls les leurres flottants sont utilisables. Mais malheureusement, lors de mes 2 voyages, il y a eu pas mal de fois où les leurres flottants étaient moins régulièrement attaqués que les leurres ramenés disons 50 cm sous la surface.
Je modifie toujours l’armement de ces leurres : dans les endroits normalement encombrés, un seul triple en queue ; et dans les endroits très encombrés, un seul simple en queue. La raison est double : s’il y a 2 triples et que pendant le combat l’un d’eux dépasse de la bouche du poisson, il y a de très fortes chances pour qu’il se prenne dans une branche immergée ; et de toute façon, quelle que soit la pêche, je n’utilise jamais de leurres avec 2 triples. Si on pêche pour relâcher les poissons, il me semble qu’il faut l’assumer jusqu’au bout et tenter de les abimer le moins possible. Donc je refuse d’avoir par exemple le triple ventral d’un leurre qui se balade près de l’œil d’un poisson pendant le combat lorsque le triple de queue est pris au coin de sa gueule. Pour les tucunarés, j’ai peut-être un peu plus de ratés sur les petits poissons avec cet armement à un seul hameçon, mais les gros visent mieux et ont une telle aspiration lors de l’attaque que le leurre est englouti profondément et je pense sincèrement ne pas en rater plus avec un seul simple qu’avec deux triples.

J’aime bien les Wizdom de chez Decath, en tailles 110 et 140, mais j’ai l’impression qu’ils sont en train d’arrêter de les vendre, ce qui est vraiment dommage. Ils sont vraiment pas chers, et hyper solides, avec leur armature intégrale en acier épais, même dans la plus petite taille, celle que j’utilise le plus…

3- Pour mon troisième leurre, si vous voulez pêcher avec il va falloir passer par la case “travaux manuels”, je ne crois pas qu’on puisse en acheter en France. Il s’agit des bucktail jigs.

Un de mes bucktail jigs “maison” (la tête plombée est un bricolage elle aussi) Et un autre, après qu’un piranha   ait décidé de lui faire une petite frange de parisienne

Le montage n’est pas très compliqué et peut occuper les longues soirées hivernales. A ma connaissance il n’y a pas d’infos en français sur le montage des bucktail jigs… Voici le site sur lequel j’ai trouvé comment faire :

http://www.acuteangling.com/peacock-bass-fishing/jig-guide/tie-your-own.html
D’autres photos, comme référence :

https://www.fishquest.com/Qshop.asp?Option=Product&Detail=Jungle+Jigs
http://www.amazon-angler.com/shop/4587275755/_page/2
Et enfin une petite vidéo :

https://www.youtube.com/watch?v=C2SN3EjC6oc (pas exactement un jig pour pêcher le peacock bass, celui-là n’a pas la petite queue supplémentaire, mais le montage reste assez similaire.)
Pour les faire soi même, il suffit d’acheter du bucktail (2 demi-queues, couleurs au choix), éventuellement des rattles (je n’en ai pas mis dans les miens, peut-être à tort) et de bonnes têtes plombées équipées d’hameçons solides. Personnellement, sur la suggestion d’un pote moucheur j’ai remplacé la petite queue en bucktail par 2 zonkers de lapin, de 10/15 cm de long. Ca nage mieux et c’est plus simple à monter, mais en revanche il faut être attentif au lancer et bien freiner le leurre en fin de course pour que les zonkers ne s’emmêlent pas.

Les bucktail jigs sont des leurres à tucunaré hyper efficaces, et pas seulement pour les petits poissons. On peut les utiliser dans toutes les circonstances : ramenés à toute vitesse juste sous la surface, un peu plus profond, lentement, ramenés par à-coups. Et quand je pêche à la traine pour localiser les poissons les jours où c’est difficile, c’est encore eux que j’utilise. Avec leur hameçon simple orienté vers le haut ils s’accrochent peu, mais comme ils sont très souples ils rentrent très bien dans la bouche des poissons à l’aspiration, ils ont à mon avis le meilleur rapport touches/poissons sortis. Lancés souplement ils font peu de bruit à l’impact, et ils résistent aussi assez bien aux tucunarés et même à d’autres espèces encore plus destructrices, mais malheureusement pas aux grands piranhas noirs…

Pour résumer, si j’étais obligé de garder un seul leurre pour pêcher le tucunaré, je pense que ce serait le bucktail : moins fun que le stick flottant, mais plus efficace à mon sens ; et beaucoup plus résistant aux tucunaré, aux traïras et aux petits piranhas que le leurre suivant…
4- Le dernier type de leurre que j’utilise pourra sembler une hérésie pour ceux qui connaissent l’amazonie… Le shad ! En effet, ces pauvres leurres souples n’ont presque que des inconvénient, le principal étant qu’ils se font absolument détruire par tous les poissons qui les attaquent. Conséquence directe, il faut en emporter de bonnes réserves, ce qui est difficilement compatible avec l’exigence de légèreté que j’évoquais un peu plus haut. Dans les endroits où les piranhas sont nombreux (et en particulier les grands piranha noirs), la durée de vie d’un leurre souple peut être inférieure à 1 seconde, à partir du moment où il touche l’eau. Néanmoins, il existe des secteurs avec très peu de piranhas et de traïras (je reviendrai plus tard sur cette espèce pleine de dents elle aussi), où il est possible de pêcher efficacement au leurre souple. Et surtout, j’ai pris presque tous mes plus gros poissons au shad. Le bucktail jig est plus polyvalent et bien plus résistant, mais le shad me parait encore un peu plus efficace. Évidemment, des shads faits dans une matière bien résistante auront une durée de vie légèrement meilleure. J’utilise des Shad GT Delalande en 13cm ; j’ai aussi essayé les 15cm, mais à volume équivalent j’aime mieux pouvoir emporter davantage de shads de 13cm (s’il y en a parmi vous qui connaissent des shads dont la matière est significativement plus résistante que celle des shads GT, ça m’intéresse !) Pour les couleurs, plutôt du flashy : l’orange fluo, le rose fluo et le fire tiger ont très bien marché. Néanmoins, il y a un secteur d’eau très claire où j’ai regretté de ne pas avoir un coloris plus discret, pour comparer. Une autre difficulté avec les leurres souples est de trouver des têtes plombées qui puissent résister au combat avec un gros tucunaré, mais pas trop lourdes. Après de longues recherches, j’ai finalement trouvé ce que je cherchais : les Hookers Critical Specimen taille 6/0, en 14g ou 18g. Elles ont bien résisté, même si parfois elles étaient légèrement ouvertes après des combats particulièrement violents. Je ne peux en dire autant d’aucun des autres modèles que j’ai essayés. Vous pouvez aussi les utiliser si vous voulez monter des bucktail jigs. Les têtes plombées sabot powerline ont le même hameçon, mais en 6/0 elle commencent à 28g, trop lourd à mon gout – et je trouve la taille 5/0 vraiment moins solide.

Un bon moyen d’augmenter un peu la durée de vie des leurres souples et d’emporter quelques palettes feuille de saule en taille 4, des émerillons à billes et une longue aiguille à bouillettes. En effet, les shads se font parfois arracher la queue par les jeunes tucunarés ou se la font couper par les petits piranhas. Dans ce cas, il suffit de les transformer en shad à palette en enfilant dans le leurre, à l’aide de l’aiguille à bouillettes, un court avançon en acier équipé d’un côté d’un émerillon et d’une palette et accroché à l’hameçon de l’autre côté. Les tucunaré ont vraiment aimé ce type de vibrations ! Emporter un petit tube de “spike-it” ou une autre colle à leurres souples permettra aussi de les réparer (dans une certaine mesure) et donc de les utiliser plus longtemps.

                                        Un de mes shads à palette, après quelques poissons…

Pour l’action de pêche, c’est simple : en bateau, lancer le leurre souple au plus près des obstacles où peuvent se trouver les tucunaré, puis le ramener en linéaire et recommencer (pas la peine de le laisser trop couler, ça augmente les risques d’accrochage ou de destruction par les piranhas) ; et du bord, peigner les grands plats peu profonds. Dans les deux cas, je pense que la rapidité est primordiale pour couvrir le plus de terrain possible chaque jour, et vu la vitesse à laquelle ces poissons peuvent nager, il doit être presque impossible de ramener le leurre trop vite. Et puis, après quelques heure de walking the dog, ça fait du bien de se reposer avec du simple ramené linéaire.

Pour résumer concernant mes leurres à Tucunaré, j’ai emporté pour un séjour d’environ un mois 4 poissons nageurs, 5 stick baits, une dizaine de bucktail jigs, environ 30 shads 13cm et une douzaine de têtes plombées 6/0. J’avais pris aussi quelques poppers, mais j’ai eu très peu de résultats avec, que ce soit sur les peacock ou sur les autres espèces.

Pour les leurres durs, je n’étais pas trop stressé parce que je savais que même si j’en perdais plusieurs il me serait possible d’en acheter dans les magasins de pêche de Manaus lorsque je repassais en ville, entre deux coins de pêche. Juste au dessus du port de Manaus il y a 2 petites rue qui contiennent chacune 5 ou 6 magasins de pêche ; le meilleur est le magasin “Sopesca” de la rue la plus proche du port.

https://www.google.fr/maps/place/SOPESCA/@-3.1406117,-60.0233038,174a,47.7y,0.12t/data=!3m1!1e3!4m5!3m4!1s0x0:0x99807d17aacba195!8m2!3d-3.1403911!4d-60.023047

(Mais ça vaut le coup de visiter les autres aussi, il y en a un avec des dizaines de poissons naturalisés qui ont l’air d’avoir 100 ans…)

Il vendent entre autre une marque appelée “Marine Sports”, qui fait des leurres tout à fait acceptables et pas trop chers (20-25 Reais, de mémoire, soit autour de 6 €.) J’aime beaucoup leur stick-baits “Hammer”, dans la plus petite taille, 85mm/11.5g. Il existe aussi en plus grosses tailles (100 et 130), mais aucune n’a d’armature intégrale. Les poppers “vulcan”, en revanche, ont une armature intégrale à partir de la taille 100mm et semblent réalisés dans un plastique très solide. Même s’ils n’ont pas donné grand chose au Brésil, j’ai bon espoir qu’ils me servent ailleurs.

De haut en bas :

Marine Sports Vulcan 100 (jamais servi, celui-là…)

Marine Sports Hammer 85

Decathlon Wizdom 110

                                                            Une autre couleur de bucktail jig maison

                                                          Un coup de dents de piranha noir…

Autres espèces de poissons

Parmi tous les poissons qu’on peut prendre au lancer en Amazonie, et plus particulièrement dans les secteurs à tucunarés, il y a deux qui me paraissent vraiment intéressants : les traïras et les aruanas (ou arawana, arowana…)

Pour moi, et surtout si on y ajoute les petits tucunarés jusqu’à 2/3kg, ces deux espèces justifient d’emmener un ensemble supplémentaire moins puissant, avec une canne de 7-28g ou 10-40g.

                                                                                            Traïra

Les traïras sont les cousines des aïmaras de Guyane, la même chose en plus petit (2/3kg max contre 15kg pour les aïmaras !) Ce sont des poissons qui affectionnent les secteurs très peu profonds et très encombrés, typiquement vous pouvez être presque sûr qu’il y en a 2 ou 3 qui trainent tout au fond de chaque petit bras mort, même s’il n’y a que 10cm d’eau. Certains petits lacs qui se forment lorsque l’eau baisse à la saison sèche en abritent parfois de très fortes concentrations : un pêcheur local m’en a montré un, qui devait faire à peine 30m sur 10m, et où j’ai pris une traïra à chaque lancer pendant 15 ou 20 minutes, avant que l’activité ne cesse d’un seul coup. Elles ont une défense très puissante par rapport à leur taille, et il faut faire très attention au moment de les décrocher : elles peuvent rester complètement immobiles pendant 30 secondes et d’un coup se mettre à s’agiter très violemment – encore une raison de ne pas utiliser de leurres équipés de 2 triples, autant éviter les blessures inutiles comme par exemple des hameçons plantés dans la main, surtout dans des lieux bien reculés comme en Amazonie.

Les traïras ont aussi des dents très tranchantes, et si elles peuvent toucher le fil du bas de ligne pendant le combat, même du 60lbs pourra être tranché net par un poisson d’1kg, ça m’est arrivé. Si elles sont nombreuses sur un secteur, un court bas de ligne acier est nécessaire. Et évidemment, si l’une d’elles attaque un leurre souple, elle va le lacérer !

                                             Les dents d’une traïra… Elles aiment bien mâcher les hameçons.

                                                                                    Aruana

Les aruanas sont des poissons de surface à l’apparence vraiment unique, capables de bondir hors de l’eau pour attraper des insectes. Ils peuvent atteindre 1m de long, et ils ont une défense très acrobatique, avec de nombreux sauts – ils donnent parfois l’impression de rouler sur l’eau. La conséquence est qu’il y a malheureusement de nombreux décrochés dans les premières secondes de combat. Ils ne sont pas présents partout, mais dans les secteurs où j’en ai trouvé ils étaient toujours nombreux. Ils sont tellement fun à pêcher qu’ils m’ont fait commettre plusieurs après-midi d’infidélité envers mes chers tucunarés. Les aruanas se tiennent en général près des obstacles, par exemple dans des zones avec pas mal de branches qui dépassent de l’eau.

                                        Un bon coin pour pêcher les aruanas. Encombré ? Non, à peine…

 

Pour ces deux espèces, un seul leurre : un petit stick flottant de 10/12g. Plus souvent encore que pour les tucunaré, la touche peut intervenir au moment où le leurre touche l’eau, et si les traïras n’ont peur de rien, les aruanas au contraire sont assez craintifs (il faut lancer loin pour les pêcher, lorsqu’ils sont nombreux on les voit souvent s’enfuir à l’approche du bateau.) Il est donc important d’utiliser un petit leurre et de lancer délicatement pour limiter l’impact au moment où il touche l’eau.

En plus de ces 2 espèces, la même canne permet de s’éclater avec les petits tucunarés de 1 ou 2kg lorsqu’on tombe sur leurs chasses. Il peut s’agir soit d’une autre espèce, plus petite, soit de jeunes individus de la grande espèce. En général, je laisse ma canne la plus light montée avec un shad 9cm, il faut être prêt à lancer très rapidement en cas de chasse, les groupes se déplacent extrêmement vite.

Donc en tout, en plus des leurres de la liste précédente, j’emporte 3 stickbaits de 10/12g, une douzaine de shads GT 9cm et quelques têtes plombées adaptées.

Une autre espèce de Tucunaré, plus petite
(Cichla ocellaris)
Un jeune individu de la grande espèce

(Cichla temensis)

Et celui-là doit être une troisième espèce (Cichla monoculus ?)

Il y a aussi de grands poissons chats en Amazonie, avec plusieurs espèces pouvant dépasser largement les 50kg. Leurs noms locaux : pirarara, piraïba, jaù… Ils sont surtout actifs la nuit, donc ça peut être une pêche sympa à pratiquer quelques heures le soir après une journée à traquer les tucunarés au lancer. A taille égale ils sont bien plus puissants que nos silures, et vivent souvent dans des secteurs encombrés de grands arbres immergés. Il va donc falloir les combattre en force et il s’agit d’un matériel complètement différent de celui qu’on peut utiliser pour les tucunaré. L’idéal pour pêcher en bateau est un canne jigging de 60lbs ; une canne type popper de même puissance est moins pratique puisque plus longue, mais permet de pêcher également du bord, ce qui est tout à fait possible dans certaines rivières. Pour le moulinet, une taille 10.000 (Shimano) ou 5000 (Daiwa), rempli de tresse P.E. 8 (80-100 lbs.) Un bas de ligne en acier est nécessaire pour résister aux attaques des piranhas, qui peuvent couper en un seul coup de dents, sans forcer, du nylon de 100 centièmes. Le montage que j’utilise est très simple : une olive coulissante sur le corps de ligne (50 ou 100g selon le courant – on en trouve dans les magasins de pêche de Manaus, pas la peine d’en emporter en avion depuis la France), un gros émerillon, 50 ou 60 cm de bas de ligne en acier gainé de 40 kg de résistance et un hameçon circle fort de fer 8/0 ou 10/0. Comme appât, un poisson mort d’une vingtaine de cm piqué par la tête. L’action de pêche est assez simple elle aussi : essayez de trouver des zones profondes, des berges creusées par le courant, des zones recouvertes par une dense végétation flottante… Demandez aux pêcheurs du coin, ils pourront vous indiquer des bons postes à grands poissons-chats, s’ils sont présents : on ne les trouve pas dans tous les secteurs à Tucunaré, il faut être relativement près d’une grosse rivière pour en avoir de belles populations.

                                                               Pirarara – Red tail catfish en anglais.

Pas la peine d’insister des heures, pour moi la plupart des touches ont eu lieu dans les 10 premières minutes de pêche sur un poste. Vu leur odorat, les poissons chats trouvent l’appât rapidement s’ils sont dans le coin. Donc en général je pêche une demi-heure et je bouge s’il n’y a pas eu de touche. Pour l’anecdote, dans une des rivière où j’ai pêché, les dauphins roses s’amusaient à voler mes appâts : ils les prenaient délicatement, en faisant bien attention à ne pas toucher l’hameçon, et tiraient doucement. Ca faisait des touches inferrables, je n’arrivais pas à comprendre ce qu’il se passait. Finalement, c’est un pêcheur local qui m’a expliqué, j’avoue que je ne le croyais pas au début. Je n’aurais pas imaginé que même dans le noir complet, les dauphins soient capable de trouver un poisson mort posé au fond.

S’il y a beaucoup de petits piranhas, le poisson mort peut ressembler à ça au bout de 30 secondes dans l’eau. Dans ce cas, une seule solution : essayer ailleurs.

Pour se procurer les appâts, 2 possibilités : soit vous débrouiller avec un pêcheur local qui pourra en prendre au filet et vous en vendre quelques uns, soit pêcher les piranhas avec un petit bout de poisson sur hameçon n°4 et un bas de ligne acier. Pour pêcher le premier petit poisson qui servira d’appât à piranha, j’emporte quelques hameçons taille 12 ou 14 et des “power isome” Marukyu pour avoir toujours un appât sous la main.

Je voudrais quand même dire, en conclusion, que pour un premier voyage il est peut-être raisonnable de se cantonner à la pêche du tucunaré, c’est ce que j’ai fait la première fois, et c’est déjà suffisamment de travail pour être bien occupé pendant tout le voyage.

Et maintenant un peu d’organisation…

En fait c’est peut-être la partie la plus importante, celle sur laquelle il est le plus difficile de trouver des information, en dehors des voyages organisés. J’ai rencontré à l’aéroport un pêcheur canadien qui allait lui aussi pêcher le tucunaré, mais dans un camp de pêche de luxe. La semaine lui coûtait 10.000$, sans compter le vol jusqu’à Manaus ! Moi je dois pouvoir pêcher en continu pendant au moins 5 mois pour ce prix-là.

En revanche, pour pouvoir se débrouiller complètement seul, il faut avoir un bon niveau en portugais, ce qui n’est pas mon cas. Le mieux est de trouver un guide local qui parle français ou anglais et pourra vous aider à tout organiser et vous emmener sur les coins de pêche. Des pote à moi ont une agence de voyage spécialisée dans l’écotourisme appelée Heliconia. C’est vraiment grâce à eux que j’ai pu organiser mon premier voyage, ils m’ont trouvé des guides et des contacts.

Voici le lien de leur site web, n’hésitez pas à les contacter :

http://heliconia-amazon.com/

Au passage, si vous cherchez un hôtel à Manaus, je conseille celui-là, pas très cher, personnel très sympa, et il est juste à côté des locaux d’Heliconia et pas loin du port. S’il y a un bateau à prendre, il est possible d’y aller à pied.

http://www.hostelmanaus.com/index.php

Lors de mon deuxième voyage comme j’avais déjà rencontré de gens et que je connaissais des coins, j’ai pu davantage me débrouiller seul – avec quelques mots de portugais et un peu d’espagnol, mais évidemment la communication était parfois un peu laborieuse. Si vous connaissez les noms de poisson c’est déjà un bon début !

La première étape consiste à se rendre à Manaus – et de là à explorer ! Il y a de nombreux bateaux locaux qui partent de Manaus et remontent tous les affluents des environs. Les voyages sont un peu longs mais vraiment sympa et ne coutent pas cher du tout. Il vous faudra aussi prendre des bus, des taxis, des pirogues – d’où l’intérêt de voyager pas trop lourd ! Je me suis limité à un rayon d’environ 250 km autour de Manaus (ce qui peut déjà représenter une grosse journée de trajet), mais la prochaine fois je compte bien aller plus loin pour tenter de trouver des coins encore plus sauvages. Les choses changent très vite au Brésil : l’un des endroits où j’étais allé lors de mon premier voyage était complètement vide de pêcheurs à la ligne à ce moment-là. Deux ans plus tard, il est devenu connu et de nombreux opérateurs y opèrent, avec en tout des dizaines de bateaux qui tournent toute la journée (tout de même sur plusieurs dizaines de km de rivière, il faut relativiser, mais ça peut faire de bonnes concentrations par endroits.) De plus, je trouve les guides plutôt mauvais : ils passent leur temps à se déplacer au moteur, à fond, d’un point à un autre, où ils pêchent 10 minutes puis bougent encore. Mais vu la taille de l’Amazonie, je ne me fais aucun souci, il reste encore de très nombreux spots sauvages à découvrir.

                                  Forêt de hamacs à l’intérieur d’un bateau local qui remonte le Rio Negro

L’une des clefs pour voyager efficacement d’un coin de pêche à un autre est de réussir à ne pas trop se charger. Vous devez pouvoir porter en permanence l’ensemble de vos affaires. Il me semble que l’idéal est de réussir à ne pas dépasser un poids total de 20kg – ou même moins si vous voulez prendre un petit avion local pour atteindre plus rapidement des secteurs très reculés. Je n’en ai pas pris, mais on m’a dit qu’en général ils limitent les bagages à 15kg en tout par passager.

Dans tous les cas, ça représente un gros sac à dos, et éventuellement un petit sac supplémentaire. Et une fois qu’on enlève le matériel de pêche, il ne reste pas énormément de volume disponible. Mais en fait l’objectif n’est pas si compliqué à atteindre, à mon avis. Je vais donc détailler dans une petite liste ce qui me parait indispensable. Evidemment, certains points sont assez typique d’un voyage en Amazonie mais beaucoup peuvent s’adapter à d’autres types de voyages de pêche exotique en mode “roots”…

                                      Tucunaré et piranha au feu de bois. Que demander de plus ?

Voici donc ce qui me paraît absolument indispensable, en dehors du matériel de pêche – évidemment, c’est ma liste personnelle, à vous de l’adapter :

  • Un hamac avec une moustiquaire – c’est la base en Amazonie, pour dormir dans les bateaux, chez l’habitant ou en forêt. L’idéal est un hamac très fin en toile à parachute, ça prend peu de place et c’est super confortable. Si vous voulez vraiment le top, je vous conseille le Slacker Hammock de chez Thermarest et sa moustiquaire dédiée. Mais vous pouvez aussi trouver beaucoup moins cher dans les magasins de Manaus vers le port, dans les mêmes rues que les magasins de pêche. Ajoutez 2 longueurs de 5m de paracorde pour pouvoir attacher le hamac même en forêt entre 2 gros arbres, et éventuellement une petite bâche pour mettre par dessus en cas de pluie.
  • Un petit sac de couchage léger, ou bien un “Reactor” de Sea to summit, encore plus léger ; mais en tout cas certaines nuits sont fraîches et humides en forêt, même s’il fait très chaud la journée et sans ça vous risquez d’avoir froid.
  • Un smartphone, de préférence avec un petit caisson étanche ou au moins un sac de protection. Un appareil qui fait à la fois téléphone, ordinateur, appareil photo, caméra vidéo, GPS, liseuse, lampe torche de secours, tout ça dans quelques centaines de grammes – parfait pour le voyageur.
  • Un outil multifonction type leatherman – pareil, plein d’utilités, entre autre pour couper ou scier, pour réparer un moteur de bateau ou pour décrocher un poisson…
  • Une petite lampe frontale de bonne qualité, LED évidemment. En fait c’est tellement important pour moi que j’en emporte 2, en cas de perte ou de panne. Et puis ce n’est pas si lourd et ça peut aussi dépanner quelqu’un d’autre. Ne pas oublier des piles d’avance, des rechargeables de préférence.
  • Des lunettes polarisantes, évidemment – là aussi j’en prend 2 paires, je pense que je ne pourrais pas continuer à pêcher, certains jours où le soleil est vraiment fort, si j’en perdais ou cassais une paire.
  • Un petit sac étanche pour protéger tout ce qui craint, par exemple pendant la pêche à bord de la pirogue ; il y a parfois des orages violents, même pendant la saison sèche.
  • Une longueur de 10m de paracorde, toujours utile pour plein de trucs : attacher le bateau à une branche, faire sécher du linge, suspendre une bâche au dessus de votre hamac en cas de pluie, etc.
  • Une petite trousse de toilette/trousse à pharmacie – brosse à dents, savon, crème solaire, spray anti-moustique à la citronnelle, pansements, désinfectant (le seul que j’utilise depuis des années est l’huile essentielle de tea tree, ça marche super bien, ça aide la cicatrisation, ça guérit les rhumes et ça soulage les démangeaisons des piqures d’insectes.) Pour le reste de la trousse de pharmacie, à vous de voir ce qui vous parait nécessaire.
  • Les vêtements, maintenant : là il y a énormément d’espace à gagner. Déjà, en Amazonie il ne fait pas froid, donc pas besoin de vêtements chauds et volumineux. Pendant les trajets, je garde tous les vêtements ainsi que le sac de couchage dans un sac étanche léger, lui-même dans le sac à dos. En cas de forte pluie ou de chute à l’eau – on ne sait jamais.

Voici donc la liste complète de ce que je prends comme vêtements pour un séjour au Brésil, quelle que soit sa durée :

  • 2 pantalons (genre légers et avec des poches) – l’un restera à peu près propres pour les voyages, et l’autre ira à la pêche…
  • Une chemise – plutôt claire, et offrant une bonne protection contre les UV. Je la porte tous les jours pour pêcher, et je la lave régulièrement, soit le soir soit entre midi et deux, comme le pantalon de pêche. Même s’ils sont encore un peu humides, il fait suffisamment chaud pour que ce ne soit vraiment pas un souci.
  • 3 T-shirts – plutôt en laine de mérinos, plus léger et qui ont moins tendance à sentir que le coton. Il y en a des pas chers chez Décath. Pour les moments hors pêche, les voyages, etc.
  • 5 caleçons – ça ne pèse pas lourd…
  • Un sweat shirt à capuche – pour le trajet en avion, ça pèle toujours dans les avions. Autre application : les soirs où les moustiques sont vraiment agressifs. Il vaut mieux avoir chaud que se faire manger, non ? C’est surtout pour les secteurs à poissons-chats, qui sont rarement de l’eau noire pure.
  • 2 paires de chaussettes – pour les soirées à moustiques, j’utilise la technique allemande : des chaussettes dans les sandales. Et 2 paires parce que dans les secteurs où les moustiques sont vraiment affamés ils piquent sans problème à travers une seule paire.
  • Pour les chaussures, je n’en utilise qu’une paire, des sandales fermées sur l’avant (la marque se nomme “Keen”), elles me permettent de marcher dans l’eau, dans la boue, en forêt, elles sèchent vite… Vous pouvez aussi prendre une paire de claquettes pour les moments de voyages ou pour le soir après la pêche.
  • Un chapeau ou casquette, évidemment.
  • Un petit imperméable léger, type K-way.
  • 2 petits trucs supplémentaires pour gagner encore de la place (là on arrive dans le haut niveau de l’économie !) :
    • le savon liquide “Dr Bronner’s” à la menthe poivrée me sert de savon, shampooing, liquide vaisselle, lessive et dentifrice (le goût est un peu dégueu la première fois mais on s’habitue !) – il mousse beaucoup donc un petit flacon de 125ml me suffit pour 3 semaines. Et il est bio, composé uniquement d’huile de chanvre et d’huile essentielle de menthe, donc je me dis que ça ne doit pas trop saloper les rivières quand on se lave dedans ou qu’on fait la lessive.
    • au lieu des serviettes de voyage, j’utilise un chiffon microfibre pour le ménage. J’ai dû les payer 3€ les 4, ils ne font que 30cm mais c’est bien suffisant pour se sécher, il suffit de l’essorer une fois lorsqu’il est trempé avant de continuer.
  • 2 trucs optionnels mais potentiellement utiles si vous partez vraiment loin de tout et longtemps :
    • un filtre à eau type Sawyer pour boire n’importe où
    • un petit panneau solaire type Goal Zero “Nomad 7 + Guide” pour recharger les piles des lampes frontales, le smartphone…
  • Et pour finir, évidemment un grand sac à dos où mettre tout ça.

Enfin, en ce qui concerne le matériel de pêche, un petit récapitulatif de ce que j’emporte en plus de la liste de leurres évoquée plus haut :

  • un sac de pêche type sac à dos ou sacoche pour transporter tout le matos (peut servir de bagage de cabine lors du trajet en avion)
  • un gant : pour pêcher longtemps, surtout en casting, je trouve que c’est bien plus confortable avec un gant pour la main qui tient la canne, type mitaine. Mais peut-être que c’est juste moi…
  • une boite à leurres
  • des ciseaux à tresse
  • une pierre à aiguiser
  • une bonne pince à anneaux brisés (qui pourra aussi servir pour décrocher les poissons)
  • de la crinelle acier gainée nylon (10kg et 40kg) + sleeves adaptés + pince à sleeves – pour faire des bas de ligne ou pour bricoler des shads à palette
  • des hameçons de rechange pour les leurres
  • autres hameçons : n°12 ou 14 pour les petits poissons ; n°4 pour les piranhas, forts de fer ; circle très fort de fer n° 8/0 et 10/0 pour les grands poissons chats
  • petite bobine de 18 centièmes
  • gros et petits émerillons pour les bas de ligne acier
  • plombs : 5 ou 10g (pour pêcher les piranhas) ; 50g et 100g pour les grands poissons chats – à acheter sur place
  • des anneaux soudés et anneaux brisés solides (100 lbs par exemple)
  • de la colle cyanolite (pour réparer plein de trucs)
  • de la colle spike it ou équivalent pour réparer les leurres souples
  • du nylon en 60lbs et 100lbs (environ 70 centièmes et 90 centièmes respectivement), bien résistant à l’abrasion, pour les bas de ligne
  • de la tresse de rechange pour les moulinets
  • un petit kit de réparation et d’entretien pour les moulinets : les tournevis adaptés à vos moulinets (ça peut être des têtes qui se montent sur le leatherman), des petits flacons d’huile et de graisse.

Voilà, je crois que c’est tout. Il y aurait sans doute encore beaucoup à dire mais il me semble que c’est suffisant comme introduction. Si vous voulez en savoir plus, allez-y et essayez de pêcher ces incroyables poissons, je pense que vous ne le regretterez pas et que comme moi, vous n’aurez qu’une envie : y retourner !

                                      Sylvain et son plus gros tucunaré, sûrement plus de 10kg!

Texte et photos: Sylvain

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16 réactions sur “Tucunaré!

  1. Ouf. Quel voyage. Comme il est indiqué au début, le texte est long mais ont se laisse embarquer dans ce voyage pleins de couleurs et aux poissons incroyables. Leurs robes sont magnifiques. Merci pour toutes ces astuces et précautions à prendre; cela intéressera certainement pas mal de baroudeurs.
    Je ne suis pas un grand voyageurs, mais là pourtant ça donne envie.
    Mil mercis, Sylvain, pour cette superbe balade

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  2. PLEIN LES YEUX ! Des poissons magnifiques, mais que sont devenues nos perches !? 😉
    J’adore l’œil près de la caudale ! De quoi tromper un prédateur plus gros ! !? Plus gros !?? j’ai dit plus gros !?? Ça existe ???
    … Quelle robe ces Tucunarés !!! et quelles photos… Un vrai délire !
    Avec toutes ces indications précises sur les trucs et astuces, il ne reste qu’une seule chose : le déplacement, puisque la logistique nette et précise est là !
    Un bien beau « reportage »… on s’y croirait, un grand merci Sylvain pour nous avoir conté ta superbe aventure et nous en faire profiter…
    Il n’aurait manqué qu’une petite chose… une vidéo ! Mais là aussi, avec la logistique supplémentaire il aurait fallu un caméraman ! C’est tout de même très très bien et super cool de nous en faire profiter ! Encore MERCI Sylvain.

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  3. Merci beaucoup à tous les deux pour vos commentaires.
    Je vais tenter de répondre à la question concernant les ocelles, les taches en forme d’oeil sur la queue des tucunarés. Déjà, il existe en Amazonie des prédateurs tout à fait capables de manger un poisson de plusieurs kg : les gros poissons-chats, évidemment, mais aussi le pirarucu, ou arapaïma, l’un des plus grands poissons d’eau douce, un prédateur qui peut largement dépasser les 2m de long (et même sans doute les 3m.)
    Néanmoins, à mon avis le but principal de ce ocelles est d’échapper aux petits piranhas : ils aiment bien grignoter les nageoires des poissons plus gros qu’eux, on voit souvent des tucunarés avec des traces de morsures. Donc avec un oeil de chaque côté du corps, peut-être que les piranhas sont parfois embrouillés et que le nombre de morsures est un peu réduit – attention, c’est une hypothèse, je ne me base pas sur une étude scientifique.
    (Je n’ai pas trouvé comment faire, mais au cas où il serait possible de poster une photo dans les commentaires, j’en ai une montrant des traces de morsures bien nettes dans la nageoire caudale d’un tucunaré.)

    Sylvain

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  4. Un grand merci pour ce compte rendu plein de vie et de détails précieux. Le rêve peut devenir une réalité, avec de la volonté et beaucoup de passion. Merci Sylvain

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  5. Salut Sylvain, merci d’avoir voulu partager cette expérience, cette aventure. C’est un régal à lire et tu nous a immergé totalement, moi en tout cas. Tes conseils sont précieux et certains peuvent être utile pour nos pêches dans l’hexagone.
    Une question: Tu as mis tes moulins à rude épreuve, gros poissons, pêche quotidienne, embruns et sûrement le bain.. Dans quel état sont-ils maintenant, et quel est le modèle spinning que tu avais sans vouloir faire de pub..

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    • Merci !
      En ce qui concerne les moulinets spinning, lors de mon premier voyage j’ai utilisé un spheros SW 6000, qui à mon avis serait parfait s’il était un poil plus léger et surtout s’il n’avait pas ce stupide angle de pied à 180° qui donne une récupération par à-coups même quand on ramène tout droit. A part ça, aucun souci pour les tucunarés, je l’ai soumis à de pires traitements, en mer, et il a toujours résisté sans problème.
      Entre temps, je me suis acheté d’occasion, au Japon, un stella SW 5000 (l’ancien modèle de 2008, celui qui a encore l’angle de pied « normal »), je l’ai utilisé lors de mon deuxième voyage et lui est absolument parfait pour cette pêche.
      Pour info, en casting j’ai utilisé un tatula (xsl, ratio 8.1:1), dont je suis très content aussi. Je l’ai juste démonté une fois vers la moitié du séjour pour bien regraisser les engrenages, je sentais qu’il en avait besoin. Aucun problème avec les nombreux bains, ni avec les milliers de lancers ou les combats frein serré à bloc.
      Au retour, pour tous les deux, juste un petit rinçage pour enlever la croute de glaise qui s’était accumulée par endroits, et tout va bien.

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  6. Hey Sylvain, très beau récit, extremement complet, ça donne envie, je fais également beaucoup de voyages de pêche (OZ, NZ,
    , Calédonie…) mais souvent avec me propres moyens, je pensais mettre le Brésil sur ma liste prochainement 😉

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