Le moulinet PEERLESS-BAM 510 M

 

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Je n’avais pas encore eu l’occasion d’examiner sérieusement un Peerless-BAM, dernier fabricant Français encore en activité, dont les moulinets à la robustesse légendaire ont acquis une réputation mondiale depuis plus de 50 ans. C’est désormais chose faite avec ce modèle intermédiaire destiné aussi bien à l’eau douce qu’à la mer. Nous allons voir ce qui fait la réputation de ces moulinets mais aussi les possibles améliorations à y apporter en 2016 !

 

 

 

Tout d’abord un peu d’histoire, je serais impardonnable de ne pas vous raconter brièvement les origines de la marque…

La société a été créée à Pau juste après la guerre par Monsieur Isidore Toulouse, elle s’appelait tout simplement « Les Établissements I.Toulouse », la dénomination Peerless-BAM vint plus tard (BAM étant les initiales de ses trois premiers fils, Bernard, Alain et Marc). Les premiers moulinets furent des petits modèles servant de réserve de fil pour pêcher la truite au toc qui connurent tout de suite un grand succès, puis des petits tambours tournants, toujours pour la pêche au toc (la série des « profilés »), des « semi-lancers » avec le Super-Lex dont je vous parlerai bientôt et enfin les premiers tambours fixes qui sortirent en 1957.abde 1957                                                            Publicité « Au bord de l’eau » 1957

BAM 1er x 2 R°

 

                              Les tous premiers Peerless à tambour fixe (photo Guy Nadales)

Les modèles se sont ensuite enchaînés à un rythme soutenu, que ce soit pour l’eau douce ou la mer, avec l’apparition des gros tambours fixes pour la mer comme le 620, 630 et 720, ainsi qu’un tambour tournant de taille 9/0, le 909, capable de rivaliser avec les Penn Senator…  La marque connue son apogée en termes de production vers le milieu des années 60, puis la concurrence asiatique viendra un peu rogner ses parts de marché mais contrairement aux autres fabricants Français, Peerless-BAM refusa de transformer ses moulinets pour s’adapter au goût du jour ou aux modes fluctuantes et continua de miser sur la qualité et la robustesse de ses produits. Stratégie payante puisqu’elle est encore là aujourd’hui, avec une identité forte. Le fait qu’elle soit restée une entreprise familiale à dimension humaine (Marc Toulouse en est aujourd’hui le directeur) a certainement  joué aussi en sa faveur. Toujours basée à Pau, la société Peerless-BAM continue de produire et d’améliorer sa gamme 100% made in France qui reste appréciée bien au-delà de nos frontières.

France pêche 62                                                              Catalogue France Pêche 1962

 

Le modèle que j’ai examiné m’a été prêté par mon ami Guy Nadales, grand spécialiste de la marque Paloise. Le 510 M (M pour Manuel, il existe aussi la version A pour Automatique avec anse de panier) a été produit à partir de 1976. Il a connu différentes couleurs mais sa conception est restée identique. Il est encore vendu de nos jours.BAM 510 cat 2000!

BAM 510 cat 2000

Ce modèle couleur or doit dater du début des années 80. D’un poids de 580g, c’est une série intermédiaire et polyvalente destinée aussi bien à la mer qu’à l’eau douce. Un réducteur en plastique rouge peut également se placer sur la bobine.011020022032

La grande bobine enveloppante est caractéristique des BAM. En alu embouti (forgée à froid ?) elle présente des dimensions généreuses : le diamètre inférieur est de 97mm et la lèvre a un diamètre de 80mm, parfait pour les lancers lointains. Elle peut contenir 200m de nylon 50/100. La gorge par contre est assez étroite avec seulement 20mm d’épaisseur. Une bande caoutchoutée sur le moyeu évite au nylon de glisser, on voit que les fabricants actuels n’ont rien inventé! Le cliquet bruiteur est extrêmement sonore, une vraie sonnette…053057047

Le frein se compose d’une rondelle de friction au niveau de l’axe (la base de la bobine est alvéolée pour une meilleure adhérence) et d’une rondelle en alu dans le bouton de frein (qui frotte directement sur le haut de la bobine, il aurait fallu une rondelle intermédiaire…). Cette rondelle reste fixe grâce à un petit ergot qui s’emboîte sur l’axe, légèrement rainuré à cet endroit et qui l’empêche de tourner. Ce bouton ne se démonte pas mais possède un puissant ressort. 036041 La course est assez brève, peu de tours d’écrou suffisent pour le serrer complètement. Il atteint à peu près 7kg de puissance, ce qui est peu pour un moulinet de cette taille, mais suffisant pour la plupart des espèces rencontrées sous nos latitudes. Disons qu’une ou deux rondelles en carbone amélioreraient grandement ses performances !028

L’axe avec ses 6mm en haut (niveau bobine) et ses 6,5mm en bas (niveau engrenages), est surdimensionné. En acier zingué ou plus exactement galvanisé, sa résistance à l’oxydation est bonne mais pas autant que l’inox, réservé aux modèles supérieurs. Au vu de ses dimensions, il n’y a cependant pas à craindre qu’il rouille! Au pire il sera légèrement « piqué » à la longue si on néglige de le graisser régulièrement.

Pas d’anse de panier sur ce modèle manuel mais un bras de pick-up en aluminium anodisé qui se visse sur le bol. Ce bras est solide mais à 7kg de frein il se rapproche quand même dangereusement de la bobine ! Un alu plus épais ou de l’acier serait préférable. A noter que sur les derniers modèles de la marque (680, 780, 540 et 760) ce bras est en titane.072

Le galet en laiton chromé dur est tournant, mais pas trop ! Disons qu’il faudrait y rajouter un roulement ou un palier en véritable téflon. Mais avec du nylon de fort diamètre ça ne pose pas de problème. Ce moulinet n’accepte pas la tresse, nous verrons pourquoi plus loin. Une petite tige aide à positionner et à maintenir le fil après les lancers.075081088

 

On accède très facilement au train d’engrenage en démontant la manivelle et en retirant les 3 vis inox du carter :095

La roue de commande (je devrais dire la couronne…) est en Zamak, un alliage de Zinc, d’aluminium, de cuivre et d’une petite proportion de magnésium. Cette pièce est usinée et non moulée, gage de solidité. Les dents sont profondes et bien dessinées, en parfaite harmonie avec le pignon. L’axe est en acier galvanisé.113109

Au verso, on aperçoit les crans de l’anti-retour à crémaillère.102

Le cliquet de l’anti-retour est situé au dos du carter, actionné par un ressort et un levier en laiton et en plastique. Bien qu’assez doux, cet anti-retour aurait gagné en finesse en étant placé sur le bord de la couronne comme chez les Mitchell 300, ou en augmentant le nombre de crans. Ou en le déplaçant carrément à la sortie du pignon, sur l’axe principal.077079

Le mécanisme d’oscillation est de type excentrique. Le galet en acier et laiton placé sur la couronne entraine une came en nylon fixée sur l’axe (le coulisseau) qui actionne la montée et la descente de celui-ci. C’est ce qu’on appelle l’oscillation directe, l’axe monte et descend à la même vitesse ce qui donne un croisement  rapide du fil qui ne convient pas aux tresses modernes (les risques de perruques sont très importants). Mais pour le nylon ça ne pose aucun problème, le rangement est correct et régulier.117004

Cette came est bloquée sur l’axe par une goupille et un circlip. C’est un mécanisme simple et solide mais il aurait mieux valu quand même la faire en 2 parties : la base en nylon pour absorber les éventuels frottements au fond du bâti et le dessus en acier ou en laiton pour éviter que le galet de la couronne ne provoque une usure prématurée. Ceci-dit c’est une pièce qui se remplace facilement et BAM a un très bon service après-vente !047 (2)

L’inconvénient de ce type d’oscillation (de tous les engrenages coniques à vrai dire) est aussi que la manivelle n’est pas réversible, il faut donc des modèles pour droitiers et des modèles pour gauchers….

Une fois l’axe enlevé, on peut démonter le bol qui, comme le bâti, est en alu aussi, très solide. Il est solidaire du pignon. Celui-ci est maintenu par un écrou de 16 en alu et une petite clavette qui l’empêche de tourner à l’intérieur du moyeu.123125

Très bien usiné, ce pignon est logé dans un manchon auto-lubrifiant en alliage de bronze qui est maintenu fixe à l’intérieur du moyeu du bâti à l’aide d’une vis pointeau qui sert aussi de port de maintenance. Il remplace donc le roulement que l’on trouve généralement à cet endroit. Le principe est simple: le métal est microporeux et retient l’huile dans laquelle il a baigné puis la restitue au fur et à mesure. Une goutte d’huile de temps en temps est quand même nécessaire. Correctement lubrifié, ce système procure autant de douceur qu’un roulement et a une durée de vie plus longue. Deux petites cales en nylon permettent de faire disparaître le jeu et de diminuer les frottements avec le pignon.060056052045

 

Les engrenages coniques sont plus solides et restituent mieux la puissance que tous les autres bien qu’ils soient plus bruyants. En traction pure, ce sont les meilleurs. Pour atténuer le bruit, certaines marques ont conçus des engrenages coniques hélicoïdaux, notamment Mitchell sur certains modèles comme le 408, ou des marques Américaines comme Van Staal ou Zeebaas. Le train d’engrenage du 510 ne fait cependant pas un vacarme assourdissant, disons qu’on le sent ronronner doucement quand on tourne la manivelle, un bruit rassurant pour certains!

La manivelle est en alu plat, elle se visse directement dans la couronne. Pour éviter l’effet de levier, la sortie du carter comme je l’avais souligné dans mon article précédent sur le Okuma Inspira est de 37mm, ça ne risque pas de bouger ! Très solide malgré les apparences, les forces de tractions sont bien réparties sur cette manivelle.134065069

La poignée est en plastique. Elle ne se démonte pas mais on peut y mettre une goutte d’huile en retirant le petit capuchon en plastique placé à son extrémité.072 (2)

 

En conclusion ce moulinet au look vintage est capable de durer de longues années avec un minimum d’entretien. Ses engrenages robustes et facilement accessibles le permettent. En condition réelle d’utilisation c’est un véritable treuil et ses performances de lancer n’ont rien à envier aux moulinets plus « modernes ». Mis à part les réflexions que j’ai émises sur d’éventuelles améliorations (roulement dans le galet, anti-retour plus subtil, frein et bras de galet plus forts, came plus solide) et le fait qu’on ne puisse pas utiliser de tresse, c’est un moulinet qui n’est pas du tout hors-jeu, spécialement pour la mer. Les modèles les plus luxueux de la marque possèdent d’ailleurs des roulements inox, une roue de commande en bronze et un axe en inox massif, ainsi qu’un bras de galet et un galet en titane, comme je l’ai dit. Pour son prix (environ 170€) cela en fait un investissement raisonnable fait pour durer, en tout cas plus intelligent que ces moulinets jetables qui ne durent qu’une saison mais qui coûtent quand même plus de 50€ ! Difficile de lui donner une note vu son grand âge (je l’ai d’ailleurs classé dans les moulinets anciens) mais un 13/20 me semble mérité surtout pour sa très grande solidité. Souhaitons que Peerless-BAM continue à améliorer ses modèles qui, je le rappelle, sont mondialement connus et appréciés. D’ailleurs un certain Alan Hawk en a toujours un en attente d’examen !éclaté BAM 510

 

Texte et photos : Jean-Paul Charles. Photos documentaires de Guy Nadales (encore merci pour ses conseils et sa gentillesse!).

Si vous voulez en savoir plus sur l’histoire de la marque, je vous recommande la lecture du livre de Thierry Mazoyer, Les Bamistes, disponible sur le site de Peerless-BAM:les bamistes

 

 

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10 réactions sur “Le moulinet PEERLESS-BAM 510 M

  1. Un super reportage, merci Polo. J’ignorais que la marque était française, et ce petit cours d’histoire m’a fait très plaisirs. J’attends maintenant que tu me « décortiques » un excellent Peerless-BAM qui accepte la tresse et tu seras à l’origine de mon abandon des Shimaiwa

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  2. Merci pour ce démontage !!
    C’est la marque de mon enfance mais avec le modèle 320 qui fonctionne encore !!
    Je confirme aussi le « ronron » sur ce plus petit modèle : je sais, grâce à toi, d’où ça vient 😉
    En comparant avec ton dernier article sur l’okuma et comme tu l’écris : moins de pièces = + de solidité !
    S’ils sortaient un modèle spinning dans les 400 g et une bonne récup : ils mangeraient des parts de marché à nos chers daiwano et shimawa sans aucun doute…

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    • Ils sont capables de le faire, il faudrait simplement qu’ils mettent une came en S sur l’axe et ils obtiendraient un enroulement croisé, comme sur le dernier Van Staal VR et qu’ils allègent le bâti (j’ai dit ça j’ai rien dit 🙂 !)… Mais est-ce-que ça serait toujours un BAM?

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  3. Encore une belle découverte! C’est vraiment ce que j’aime dans ces moulinets là, très peu de pièces, pas de roulements et pourtant ça tourne superbement bien (pour l’avoir eu en main). Mise à part la came en « S », c’est vrai qu’il ressemble beaucoup au Van Staal!
    Je dirais même que c’est plutôt ce dernier qui ressemble au Bam…

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  4. Bonjour et bravo pour votre site qui est une mine d’or pour moi!
    Quel Peerless-bam conseillez-vous pour la pêche au lancer léger? Ont-ils des petits moulinets équivalant aux 2500 de chez shimano?
    Merci et bonne journée!

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