Le moulinet DAIWA SS 2000

 

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Daiwa a fait de bons moulinets dans les années 70. La première série des SS (Super Sport) fait partie de ces collectors assez rares qui n’étaient pas distribués en France mais plutôt réservés au marché Japonais et Américain. J’ai eu la chance d’en dénicher un en bon état pour un prix raisonnable, certains exemplaires pouvant dépasser les 200€ ! Retour sur les débuts haut de gamme de la marque…

 

 

Daiwa (Shimano également…) a toujours cultivé une sorte de dichotomie mercantile. Je m’explique : Les produits hauts de gamme sont toujours sortis d’abord au Japon, puis aux États-Unis, et enfin parfois en Europe, mais le vieux continent a plutôt bénéficié au début des brelles sans noms que j’ai examinées le mois dernier. Étrange… Plutôt que de se faire connaître par l’excellence de ses produits, Daiwa nous a d’abord refourgué de la camelote, réservant le meilleur pour son marché intérieur. Depuis, les choses ont changé, mondialisation oblige, mais les modèles phares du début sont passés complètement inaperçus dans l’hexagone.

La série des SS va du 2000 au 5000 selon ce que j’ai pu trouver comme infos sur internet. Il s’agit de moulinets luxueux pour l’époque (début 1970) principalement destinés à la mer. Le look argent et noir est sobre et élégant.

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Il a existé aussi une version supérieure, le Millionmax, encore plus luxueux (et encore plus cher) dont vous pouvez voir un aperçu ci-dessous que j’ai trouvé sur une annonce e-Bay :Daiwwa ss 9000

 

Le 2000 pèse 535g, tout en alu et acier inox, son poids reflète la qualité des matériaux utilisés, le carbone étant inconnu à l’époque. C’est du solide, pas de doute !

La principale caractéristique qui saute aux yeux quand on le voit la première fois est sa bobine et son étrange gravure. Entendons-nous : la bobine n’est pas gravée mais possède sur son pourtour une bande d’aluminium gravée en relief et rivetée. C’est un procédé économique pour produire en série ce petit plus esthétique ! Ceci dit l’effet est impressionnant, on a l’impression d’avoir entre les mains une œuvre d’art raffinée digne des damasquinages complexes des fusils de chasse les plus luxueux…034045050

J’ai fait des recherches poussées pour comprendre la signification de cette frise antique mais je dois avouer que je n’ai rien trouvé de probant ; il s’agit d’un mix entre art grec et Assyrien, hiéroglyphes Égyptiens, et un soupçon d’art Maya pour les oiseaux dans le ciel… La signification reste obscure, mais liée à la pêche : une sorte d’offrande de paniers de poissons à un Roi pêcheur (trident) bienveillant… Bref, c’est intemporel et cosmopolite ! L’artiste qui m’a pondu ça a dû pomper dans différentes sources mythologiques en stylisant au passage les personnages façon Art-Déco… Du grand n’importe-quoi sympathique ! Cela n’influe évidemment pas sur les performances du moulinet, mais ça confortait l’acheteur dans l’idée qu’il se faisait d’avoir le nec-plus-ultra en la matière. Comme aujourd’hui d’ailleurs, avec le nouveau Certate et sa bobine ajourée qu’elle est trop belle ! Mouarf ! Les vieilles recettes marchent toujours !

La bobine en elle-même mesure 58mm de diamètre au niveau des lèvres. Plutôt pas mal pour les lancers. Elle est forgée à froid, comme l’indique la mention « Hydraulic forming spool ».

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Le cliquet bruiteur est une pièce en plastique qui se clipse au fond, elle est facilement démontable et remplaçable.037028

Le frein se compose de 6 disques en matériaux composites que je n’ai pas vraiment réussi à déterminer (ce n’est pas du feutre). Ce n’est pas du téflon non plus, plutôt du plastique rugueux (!), je ne sais pas. Ce que je sais c’est que la puissance de freinage atteint sans problème 6kg, peut-être 7kg sur un moulinet neuf. Pas mal pour l’époque, et surtout bien pensé dans la répartition des disques.022

Un très bon frein, en adéquation avec l’axe de 5mm  en acier inox marine, irréprochable. Son filetage est très, très, long ! Progressivité optimale…076

Le bouton de frein ne se démonte pas mais possède un ressort, c’est un progrès immense par rapport aux versions antérieures.139

Le pick-up est actionné par un ressort « pince-à-linge » assez rustique, je m’attendais à mieux, mais ça fonctionne toujours bien.127

Le cache porte un N° de série gravé.132

De l’autre côté, une masselotte en plomb a été rajoutée pour l’équilibrage.120

Le galet est en laiton chromé, il tourne relativement bien et surtout son diamètre important est assez rare pour l’époque. L’anse de panier est en inox, c’est un bon pick-up.124

Le déclenchement est externe et se fait grâce à la butée en plastique située en haut du pied. Je n’ai jamais aimé ce système qui martyrise le galet et son bras, mais j’avoue que c’est efficace et plus simple qu’un déclencheur interne…054

Le bol se démonte classiquement grâce à un écrou en laiton. De forme carrée, il est solide car entièrement en aluminium. La finition est soignée, pas de masselottes ajoutées.134035

 

L’anti-retour si situe sous le bol, et à première vue il est assez complexe ! En fait il y a 2 leviers d’anti-retour : le premier se situe à l’arrière du moulinet et actionne l’anti-retour principal (flèche rouge) qui est constitué d’une roue crantée qui bloque l’axe classiquement. Le second est situé juste derrière le bol et ne sert qu’à enclencher un cliquet bruiteur (flèche bleue). En fait vous avez le choix une fois l’anti-retour enclenché : silencieux ou bruiteur ! Ce petit raffinement est à mon avis parfaitement inutile et complique le fonctionnement de l’ensemble, mais ce devait être un argument de vente important j’imagine…112

Le train d’engrenage est intéressant. Il s’agit d’un moulinet à 3 roulements, chose plutôt rare dans les années 70. Qui plus est ces roulements sont scellés alors qu’on ne trouvait généralement que des roulements à cage ouverts sur la plupart des modèles courants. Le premier est situé sur le pignon, les deux autres des deux côtés de la roue de commande, ce qui préfigure la disposition que l’on retrouve sur les moulinets actuels.118

L’engrenage principal est de type Hypoïde, mais le pignon en laiton n’a pas encore un fraisage en spirale, il s’agit plutôt d’un fraisage oblique et parallèle, ce qui n’est pas idéal pour la transmission et le glissement et génère beaucoup de bruit… On tâtonne encore pour trouver la bonne solution ! On remarque aussi des traces d’usure conséquentes, les frictions sont très fortes dans cette configuration.006

Le pignon est monté sur un roulement scellé qui tourne encore parfaitement.013

La roue de commande est en alliage de bronze usiné. Elle est en 2 parties, l’engrenage secondaire qui entraîne la roue d’oscillation est juste enfilé sur un méplat, ce qui cause un certain jeu. Il aurait mieux valu le riveter. Ça reste toute de même une sacrée roue très solide!012059060

On remarque aussi que la couronne a été en fait vissée sur l’arbre, puis maintenue fixe par un petit rivet, cela fait donc trois pièces distinctes :064

Les dents, bien que nombreuses et larges, ont été très abîmées par le frottement avec le pignon, ouille !! Ça gratte !! C’est le principal point faible de ce moulinet. J’imagine que celui-ci a dû servir intensément, mais un taux d’usure pareil est inquiétant malgré la qualité des matériaux, ce qui relève d’un certain amateurisme de la part des ingénieurs…010

Cette roue est donc portée par 2 roulements étanches, le joint en plastique faisant également office de cage. Pas de trace d’oxydation mais les poussières et la vieille graisse les ont rendus collants. Un petit bain de dégrippant a dissipé le problème.037 (2)

La roue d’oscillation en zinc ne porte que peu de trace de frottement, elle est montée sur un palier en laiton fin.078081

La came d’oscillation en alu est droite, ce qui procure un enroulement moyen, mais acceptable pour du nylon.072074153

La manivelle est repliable, mais elle a pris beaucoup de jeu à la base. Il faudrait la resserrer… Belle poignée en palissandre, malheureusement non démontable. Et axe hexagonal. Cependant le système de fixation (similaire aux anciens DAM) est solide, le jeu est faible. Un enjoliveur vient compléter le tout, pas de bouton qui tourne quand on mouline et c’est meilleur pour l’étanchéité !095040098140

 

Le SS 2000 est une copie plus ou moins réussie des premiers Penn Spinfisher. Moins solide que ces derniers, il préfigure aussi la série des BG et des GS, qui viendront à la fin des années 70 concurrencer sérieusement Penn et Mitchell grâce à leur prix plus attractifs et à l’amélioration notable des engrenages. Il y a toujours eu chez les Japonais une volonté incessante et typiquement Confucéenne d’amélioration, de perfectionnement, c’est ce qui leur a permis de devenir les leaders mondiaux dans le domaine. Mais la roue tourne (!), les Américains et leur capacité à rebondir sont en train de reconquérir le marché de l’excellence, je vous parlerai dans les prochain mois du nouveau Van Staal VR, qui pourrait bien détrôner les Stella et autres Saltiga…043

A ce sujet, pardonnez le rythme un peu poussif de mes publications mais j’ai très peu de temps en ce moment pour tester et décrire en détail tous les moulinets que j’ai en vue d’examiner. Le prochain article sera consacré à l’Okuma Inspira, sympathique petit moulinet qui est à mon avis une bonne affaire si vous voulez débuter au lancer sans vous ruiner…

 

Texte et photos : Jean-Paul Charles

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8 réactions sur “Le moulinet DAIWA SS 2000

  1. Merci pour ce voyage dans le haut de gamme des seventies! Finalement, Daiwa est resté sur sa politique commercial depuis plus d’un demi-siècle à savoir, investir plus de moyens dans la conception du design que dans son ventre. L’usinage des cannelures du pignon est anti-mécanique, les surfaces d’appuis avec la roue de commande ont la configuration idéale pour se bouffer mutuellement et rapidement (la preuve). A l’époque il était possible de les faire hélicoïdales, même sur des décolleteuses ou tours traditionnels. Ceci dit ça reste un bon moulin, il faudrait voir ce que Shimano proposé à la même époque et niveau de gamme…

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  2. Salut,
    La bobine est mythique, dans tous les sens du terme. J’adore ! Bien mieux que la texture « faux cuir » des bâtis DAM.
    Pour le reste, s’il semble que la conception laisse à désirer, les roulements étaient apparemment d’excellente qualité. Au risque de paraître taquin, ce n’est plus toujours le cas !
    Merci pour ce nouveau démontage commenté encore très instructif.

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  3. La butée en plastique pour le bras !! Seulement 3 roulements et ça tourne ?? 😉 Sans compter la protubérance en haut sur le plat en haut du pied qui m’occasionne des méga-ampoules (comme sur le penn battle)… Malgré sa belle bobine, kitch à souhait, je n’aurais pas craqué… Merci pour cette découverte, c’est quand même un moulinet de caractère.

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