Le moulinet Okuma Artics RTX 55

 

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Okuma a ajouté récemment 3 modèles supplémentaires à la série Artics, les RTX 55, 65 et 80, destinés aux pêches fortes. Ces moulinets ont bonne réputation sur les sites anglo-saxons, je voulais en examiner un de plus près et profiter de l’occasion pour voir comment fonctionnait le système d’oscillation elliptique EOS propre à Okuma.

 

Le RTX 55 est un moulinet au look très classique, presque vintage. Sa cosmétique est à mon avis un peu en dessous de ce que nous offre la marque habituellement… Un effet marbré a bien été tenté sur le bâti et le rotor mais on a plutôt l’impression que ce moulinet est poussiéreux, sans plus ! Il y a également quelques légers défauts de moulage, sans importance, mais qui donne une impression un peu « cheap »… Dommage car gris et rouge sont des couleurs qui se marient bien, il aurait pu être mieux réussi esthétiquement, c’est un avis personnel.009013015023066Sa fluidité n’est pas exceptionnelle, mais il a une certaine douceur de fonctionnement et aucun bruit d’engrenage ne se fait entendre. Il dégage une impression de solidité plutôt rassurante quand on l’a en main : pas de jeu dans le mécanisme et solidité apparente des pièces externes. Son poids est de 355gr, il convient pour les pêches au lancer fortes et la pêche à soutenir, d’autant que son ratio n’est que de 4,5/1.

La bobine, le frein et l’axe

La bobine ajourée du RTX est plutôt réussie, elle possède une lèvre en V et un moyeu finement gravé pour empêcher sans doute la tresse de glisser si on la monte directement, mais comme je mets systématiquement un backing en nylon je ne peux pas dire si ça fonctionne vraiment !035
D’un diamètre de 57mm, elle est bien adaptée aux lancers lointains et sa grande capacité permet de pêcher l’esprit tranquille. Toutefois cette bobine est fragile et marque facilement, l’aluminium utilisé n’étant sans doute pas de la meilleure qualité, défauts fréquents sur les moulinets moyens de gamme fabriqués en Chine. J’y ai fait pourtant attention, je ne me souviens pas l’avoir laisser tomber ou posé sur des cailloux.067

 

Un joint en caoutchouc sur le sommet est sensé empêcher les intrusions d’eau mais on est loin de l’étanchéité totale…034

 

Le bouton de frein possède un ressort trop faible à mon goût mais la progressivité de l’ensemble est excellente.031026028
La pile de frein se compose de trois disques en feutres assez épais. Tiens ? Le vendeur (P.com) disait sur son site « Frein Carbonite progressif et durable », c’est lui qui a menti car sur la boîte il y a bien marqué « disques en feutre huilés »… On nous annonce 9kg de puissance. Au cours de mes tests il les a effectivement atteint (difficilement), mais pas longtemps ! Très vite en effet, le frein serré à fond est retombé à 7kg de puissance à cause du ressort qui n’est pas assez fort comme je l’ai dit plus haut et des feutres en eux-mêmes qui perdent de l’adhérence en chauffant. Mais c’est un frein très régulier, même sous forte tension, grâce aux deux roulements placés à l’intérieur de la bobine.040072A mon avis, la puissance d’un frein n’est pas sa qualité première ; c’est sa progressivité et sa régularité qui font à mes yeux un bon frein, donc je juge celui-ci tout à fait correct compte-tenu de la taille du moulinet, même s’il n’atteint pas la puissance annoncée.
L’axe, d’un diamètre de 4,6mm est en inox de qualité marine. Pour régler la disposition de l’enroulement, on dispose de nombreuses cales qui jouent parfaitement leur rôle.054

 

 

Le rotor
En composite de carbone baptisé C-40X, ce qui ne signifie pas grand-chose, ce rotor est léger et bien équilibré. Par contre sa solidité est discutable : A 9kg de frein, le bras qui porte le galet frôle la bobine… L’anse de panier est épaisse, en aluminium creux de forme carrée.058
Le ressort à compression est de bonne qualité et bien qu’il n’y ait pas de système de freinage du rotor sur la base du bâti, il ne s’est à aucun moment rabattu en plein lancer. Son déclenchement est très doux.068
Le galet est porté par un roulement scellé et un palier. Les fans d’upgrade pourront toujours le remplacer par un deuxième roulement, mais tel quel ce galet tourne parfaitement.065
A noter que ce rotor est maintenu sur le pignon par un écrou de 12, pas à gauche, et que 2 entretoises ont été nécessaires pour le caler correctement ce qui témoigne d’une précision moyenne dans cette partie de l’assemblage.073

 

 

L’anti-retour
Aïe ! Me suis-je dit en l’examinant… On retrouve le même concept récalcitrant que pour le Rex Salt qui m’avait donné des sueurs froides au remontage ! Pourtant il est bien mieux pensé dans sa disposition des pièces ce qui fait qu’au final je n’y ait passé pas plus de 2 minutes contre une bonne heure d’acharnement pour le Rex. Les rouleaux sont larges et l’assemblage du collier précis, ce qui donne un anti-retour solide et sans recul, même si je juge que le système à cage utilisé par beaucoup d’autres marques est préférable.075009014

 

 

Le train d’engrenage082
J’avais hâte de voir de plus près le système EOS ( Elliptic Oscillation System) aussi nommé suivant les modèles « Precision Elliptical Gearing » propre à Okuma depuis de nombreuses années.
Auparavant, en enlevant le cache arrière, j’ai compris qu’un port de maintenance a été aménagé de manière à pouvoir injecter un peu d’huile ou de graisse. Ce n’est précisé nulle part mais ça pourra aider ceux qui veulent entretenir leur moulinet sans avoir tout à démonter.063
Le levier qui actionne l’anti-retour offre par contre une magnifique entrée d’eau ! Il faut absolument graisser généreusement cet espace au remontage, surtout si vous comptez utiliser ce moulinet en mer…008
Sur cette photo, on aperçoit bien la roue de commande, la came d’oscillation et l’engrenage elliptique. Pour démonter l’ensemble, il faut d’abord retirer la came et l’axe principal :005
Attention pour la suite car la position de la roue elliptique et de la roue de commande doivent coïncider de manière précise. En effet si vous ne replacez pas les engrenages dans la position d’origine au remontage vous pouvez les endommager définitivement. Pour se repérer, il y a logiquement un petit trou dans la roue de commande qui permet de visualiser le petit point rouge situé sur l’engrenage secondaire, qu’il faut placer en face du petit trou de la roue elliptique…041 Concrètement, c’est impossible à cause de la graisse qui gêne la vision, donc le plus simple est de se repérer avant le démontage : en gros, il faut que le trou de la roue de commande, de l’axe de la roue elliptique et de son repère soient alignés comme ceci :011Pour être sûr que vous avez correctement positionné le dispositif, donnez quelques tours avec la roue de commande et procédez à une rotation complète de la roue elliptique. Si ça coince à un moment ne forcez pas, retirez la roue de commande et recommencez jusqu’à trouver le bon cran. Ça a l’air un peu compliqué à expliquer mais c’est en fait très simple à remonter.031
Pourquoi cette configuration particulière ? En observant l’envers de la roue de commande on comprend comment ça marche. L’engrenage secondaire a été décentré de manière à suivre l’ovale de la roue elliptique. Son point le plus haut correspond au point le plus bas de la roue elliptique. La roue de commande est en alliage d’aluminium moulé d’une grande finesse, ainsi que les autres engrenages. La fonte d’aluminium n’est pas le matériau le plus solide qui soit, l’usinage ou la forge à froid sont bien meilleurs, mais disons qu’ici l’assemblage est précis et l’alliage de qualité, elle devrait avoir une durée de vie satisfaisante. Le verso est protégé par un vernis qui la rend particulièrement brillante !035039
La roue elliptique qui entraîne la came (et le va et vient de l’axe) possède un palier en laiton sur l’ergot et sur le moyeu. Là-aussi j’ai été surpris par la finesse et la qualité du moulage.052049046
La came est droite, assez fine et l’ensemble ne génère que peu de frottements.027030
De tous les systèmes elliptiques que j’ai examiné c’est assurément le plus simple et le plus efficace et le rangement du fil qu’il procure est satisfaisant, sans être parfait. Pour faire mieux, il faudrait ajouter un système de réducteur afin de ralentir la vitesse de la roue elliptique et obtenir un enroulement plus serré pour le même nombre de tour du rotor. Disons que ce système est solide et surtout que les frottements sont minimes comparé à une traditionnelle came en S. Pas mal donc, mais sûrement perfectible… Sur la photo ci-dessous, j’avais configuré un enroulement conique inversé en ne laissant qu’une seule cale, ce qui perturbe un peu le rangement du fil. Avec un enroulement droit, il est meilleur.007
Le pignon enfin est assez basique, porté par un seul roulement à l’extrémité de l’anti-retour et par une gorge côté engrenage.017022

 

 

La manivelle a un axe de type hexagonal, elle a déjà un petit peu de jeu…
Je n’ai pas réussi à démonter la poignée, une fois de plus parce que la vis a sans doute été collée au cyanoacrylate, mais elle possède un roulement mentionné sur l’éclaté et je pense qu’il y est car elle tourne très bien. Bien dimensionnée, elle est parfaitement adaptée au faible ratio du moulinet.049050

 

Le test en condition réelleOkuma
Honnêtement, ce moulinet m’a bien plu par sa robustesse, son frein et son ratio et surtout parce qu’il ne m’a satellisé aucuns leurres malgré son absence de système de freinage du rotor. Très bon lanceur, il expédie sans problème n’importe quelles cuillères ou jigs à plus de 60m. Agréable d’utilisation, silencieux et n’occasionnant aucune perruque, je ne trouve rien à lui reprocher en cours de pêche. Le jour de l’ouverture, j’ai pu sortir sans problème ce petit bec de 72.broc 2015
Il peut bien sûr combattre des adversaires beaucoup plus lourds grâce à son frein très régulier et son faible ratio qui lui donne une puissance de récupération élevée. Je pense que les modèles 65 et 80 avec des puissances de freinage supérieures conviendraient parfaitement pour le silure. Pour son utilisation en mer je serais plus prudent, à cause de sa faible étanchéité, mais correctement entretenu après chaque sortie ça ne devrait pas poser de problèmes majeurs, ses composants internes étant de bonne qualité.
En conclusion, ce moulinet représente un investissement correct malgré son prix que je juge trop élevé (entre 130 et 150 € suivant les marchands) et ses finitions moyennes. Son frein est très régulier et sa durée de vie devrait être assez longue au vu de ses matériaux et de son ajustage précis, je lui mets donc un 13/20 en attendant de voir comment il se comportera dans le temps.060

Texte et photos : Jean-Paul Charles

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15 réactions sur “Le moulinet Okuma Artics RTX 55

  1. Je deviens accro a tes articles 🙂
    C’est la première fois que je vois un pareil système d’oscillation.
    Le réglage au point rouge me rappelle la chaine de distribution de ma vieille corsa ;). Du coup il faudra graisser après montage (moi j’utilise une seringue).
    L’engrenage décalé de la roue de commande m’a l’air fragile en comparaison avec le reste des pièces.
    Un roulement en support de la roue ellyptique me semble indispensable car le moindre jeu perturbera grandement le fonctionnement de l’ensemble. Dommage que l’upgrade ne soit possible.
    A mon avis, ce moulinet aura besoin d’être entretenu plusieurs fois sur l’année pour continuer a bien fonctionner. Notamment a cause de son manque d’étanchéité.
    ++
    Kibitz

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    • Oui, c’est un peu comme les voitures, le réglage de la courroie est délicat! Je ne pense pas que le mécanisme soit fragile, les forces exercées sont assez faibles de toute manière. Un roulement aurait été bienvenu effectivement sur le roue elliptique. Pour l’étanchéité, il n’est pas pire que les autres, avec un entretien régulier ça devrait bien se passer. A voir dans le temps…

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    • +1 je connaissait la roue élliptique des Okuma (pour en avoir ouvert un, juste pour jeter un oeil, puis refermer), mais pas cette particularitée d’assemblage, ca me servira forcément lorsque je devrais faire l’entretien de mes SALINA !
      Merki

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  2. Super article! Ca fait du bien de voir des mécaniques autre que la came en « S » et le wormshaft. L’upgrade de la roue elliptique est possible mais pas à la portée de tout le monde. Un tour, une MAP, un pied à coulisse et c’est parti!
    Je pense qu’Okuma veut se démarquer des deux grands leader et s’il « optimise » ce système, ça peu porter ces fruits à la longue. J’ai vu et tenu en main ce moulinet et il m’a plu. J’ai eu les mêmes impressions, son rapport bobine large/poids et son ration m’ont fait de l’oeil.
    Merci pour ce petit voyage…

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  3. Merci Polo pour cet article net et précis, comme d’habitude. J’aime à voir qu’il y a une alternative aux Shimano et Daiwa qui dominent le marché.

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  4. Pingback: Rebranding again… |

  5. Pingback: Le moulinet OKUMA Inspira ISX-40w |

  6. Merci pour cet article qui m’a permis de remonter mon petit Okma Safina Pro dont je n’arrivais pas à recaler la roue dentée. Il faut dire que les repères sont très peu visibles et qu’il suffit d’un peu de graisse pour qu’ils disparaissent. Sur le Safina, c’est en mettant le petit repère rouge de la roue dentée interne en face du repère en creux de la came dentée que j’ai pu trouver le bon calage. Sinon ça bloquait ou j’avais un point dur.
    J’ai donc pu sauver provisoirement mon petit Safina dont les roulements rouillaient rapidement et se bloquaient à cause de quelques sessions en mer (pour laquelle il n’est pas fait bien sûr).

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