Le moulinet LUXOR, ancêtre du lancer léger

 

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Meilleurs vœux à tous, j’attaque 2015 le tournevis à la main !
Je voulais débuter cette année par un brin d’histoire car il est toujours bon de faire des allers et retours dans le passé pour comprendre l’évolution des moulinets actuels. Les Luxor sont riches d’enseignement à ce sujet. La Société Pezon & Michel est une des premières en effet à avoir proposé des moulinets à tambour fixe en France et ce depuis 1936, date de la création de la marque Luxor par l’ingénieur Paul Mauborgne. C’est grâce à lui que nos aïeux ont pu pratiquer les joies du lancer léger et perdre leurs premières cuillères !

 

Au cours de cette période assez faste qui s’étend jusqu’en 1967, de nombreux modèles on vus le jour : Luxor, Luxor luxe, Luxor Spécial, que seuls les spécialistes savent distinguer et dater. N’en étant pas un moi-même, je me suis basé sur le livre de Bernard Caminade pour pouvoir identifier celui-là, que j’ai déniché récemment chez un brocanteur et que je vous propose d’examiner en détail.
Il s’agit vraisemblablement d’un modèle fabriqué entre 1939 et 1945, donc cet engin a environ 70 ans et il fonctionne toujours malgré la patine des ans. Il n’a pas de nom ni de numéro, il y a juste marqué Luxor, Pezon & Michel, Made in France, Patents pending. Quelques photos d’ensemble :

056060068059Fondamentalement, on retrouve les mêmes caractéristiques que nos moulinets actuels : Pick-up, bobine, frein et manivelle sont tout à fait « modernes », c’était un produit high-tech pour l’époque !
Si je l’ai acheté (pour une bouchée de pain), c’est parce que tous les éléments fonctionnent, jusqu’au moindre ressort et qu’il n’a visiblement pas été trafiqué par plusieurs générations de pêcheurs, comme c’est souvent le cas (on trouve parfois des manivelles ou des bobines fantaisistes). Ceci dit, c’est une médiocre pièce de collection vu sa peinture écaillée et il n’a bien sûr plus sa boîte d’origine. Ce moulinet a été fabriqué en grand nombre, il n’est pas très rare.
La première chose qui frappe, c’est l’arceau de pick-up ouvert, appelé demi anse ou pick-up index, parce qu’on le déclenchait avec l’index de la main gauche. Pourquoi pas une anse de panier complète ? Parce que le fabriquant Hardy en Angleterre avait l’exclusivité du brevet, qui n’est tombé dans le domaine public qu’en 1952. Les autres constructeurs avaient donc recours à ce type de pick-up index, ou au simple galet de ramassage au doigt.
On appuyait donc sur la molette crantée et le pick-up s’ouvrait. Une fois le lancer effectué, il suffisait de tourner la manivelle pour qu’il se referme automatiquement grâce à la pièce en forme d’hélice qui est solidaire du bol. Que ces ressorts marchent encore parfaitement au bout de 70 ans me laisse rêveur… Ce pick-up est équipé d’un galet en laiton chromé.092097094Autre caractéristique de ce modèle, il ne possède pas d’anti-retour. Je suppose que les pêcheurs d’alors sortaient le poisson à la volée ! Par contre un port de maintenance a été placé au niveau de l’axe de la manivelle : on mettait une petite goutte d’huile de temps en temps pour lubrifier le mécanisme.020

La manivelle en aluminium se fixe sur l’axe de la roue de commande par une petite vis. La poignée est en bois tourné, elle était peinte en noir à l’origine.017024

La bobine est en bakélite, le polymère roi de l’époque. Elle est ajourée et porte la mention D et S (Serrer-Desserrer ?). C’est une bobine rentrante comme presque toutes les bobines de cette période.101103

 

Le bouton de frein est fonctionnel, mais sans ressort. Le frein en lui-même est constitué d’un disque de feutre et d’un disque en laiton situés sous la bobine. Il marche toujours, j’estime sa force à 3kg environ.123120046040 Chose curieuse, ce frein est équipé d’un anti-retour à crémaillère au niveau de la bobine, actionné par la roue dentée. Le fil ne peut donc se dévider que dans le sens de la sortie. L’utilité d’un tel dispositif n’est pas vraiment évidente, c’est le genre de tâtonnement des débuts…107

 

Démonter le carter n’a pas été facile car les têtes des vis étaient bloquées par la corrosion, j’ai dû employer les grands moyens mais j’y suis arrivé ! L’intérieur du moulinet était rempli d’une graisse brune et épaisse comme de la pâte de coing, j’ai dû le nettoyer soigneusement au white spirit pour y voir plus clair.
On commence avec la splendide roue de commande à denture droite en aluminium usiné et axe en acier qu’il faut enlever avant d’accéder aux autres engrenages. Je reste admiratif devant la qualité de l’usinage. Le petit ergot vient se loger dans la coulisse qui actionne le va et vient de l’axe principal.087066

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En dessous se trouve donc la coulisse, en acier, que j’ai eu bien du mal à démonter elle aussi à cause de la rouille, mais j’y suis finalement parvenu. On aperçoit le pignon.090031
On peut alors sortir l’axe en acier qui porte le frein et la roue dentée.038

Il faut ensuite retirer la vis qui maintient la pièce en aluminium qui bloque le rotor (et sert de déclencheur au pick-up comme on l’a vu). L’ensemble pignon-bol peut alors être dégagé.076074057071051

Le pignon est en acier curieusement, je pensais qu’il serait en laiton. Il s’agit d’un engrenage conique, système qui a régné en maître avant la généralisation des engrenages hypoïdes. Il y a une pièce de feutre intercalée entre lui et le bol, sans doute un dispositif pour assurer l’étanchéité ou en tout cas pour éviter que le sable et les saletés entrent en contact avec le pignon.059

Par curiosité j’ai monté quelques dizaines de mètres de nylon : l’enroulement est de type conique, très prononcé. En fait le nylon n’existait pas à l’époque, on utilisait des soies, ou du Gut, le fil devait se ranger de manière plus serrée. Le seul problème est l’équilibrage du bol qui est bancal quand on mouline. Sur les modèles suivants, une masselotte sera ajoutée en face du galet pour l’améliorer.015Voilà, c’est tout ! Pas de roulements, pas de trucs compliqués, c’est d’une simplicité biblique mais c’est très précisément ajusté et ça fonctionne toujours. Je l’ai graissé légèrement et remonté les pièces, il tourne comme une horloge. La qualité de fabrication de ces petits moulinets est exemplaire, c’est ce qui a fait leur succès, il n’y a pas secret.
Vous pourrez lire ICI l’analyse d’un autre Luxor (saumon-mer) que j’avais faite l’année dernière.

012La semaine prochaine, je vous parlerai du nouveau Orra 2 SX d’Abu Garcia, histoire de faire le grand écart et de regretter les temps héroïques…

Texte et photos : Jean-Paul Charles

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3 réactions sur “Le moulinet LUXOR, ancêtre du lancer léger

  1. Thanks for your Luxor reviews – I have been fascinated by the story behind Paul Mauborgne & his travails with manufacturing both the Luxors & the Crack reels. If you or anyone have more details, I would love to hear them.

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  2. Salut !

    c super, je découvre ton post sur ce modèle de moulinet et c pile poil sympa :)))
    car j’ai aussi un Luxor, idem au tiens, et je désire le rénover, int. et ext. et ton article est vraiment très intéressant (photos & lignes) !

    john

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