le moulinet Mitchell 306

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J’ai eu l’occasion dernièrement d’examiner un vieux Mitchell, le 306 « intermédiaire », un modèle prévu pour la mer et les pêches fortes en eau douce, destiné aux « grosses pièces » comme le précise la notice. Cela m’a donné l’occasion de mettre en lumière le fameux système d’enroulement Planamatic, spécifique à la marque durant les années 60. Le Planamatic est l’ancêtre de l’enroulement croisé mais nous verrons qu’il existait plusieurs variantes de ce système…

Pour la petite histoire, j’ai récupéré ce vieux moulinet chez mon cousin (qui l’avait lui-même exhumé du matériel de pêche de son père) et qui s’en servait jusqu’à présent pour pêcher le pageot à la palangrotte, avec un certain succès il faut bien le reconnaître, mais sans se poser plus de question que cela. L’inconscient ne savait pas qu’il avait là une pièce de collection qu’il détruisait petit à petit grâce au sel qui s’accumulait dans le mécanisme, même si ce moulinet était prévu pour cela et à condition bien sûr qu’on le nettoie soigneusement à l’eau douce après chaque sortie de pêche, chose que peu de gens font, certains qu’ils sont de l’indestructibilité des moulinets Mitchell. Même chez les novices actuellement, Mitchell bénéficie toujours d’une certaine aura d’immortalité… J’ai mis fin au carnage juste à temps ! Je lui ai donc expliqué qu’il ferait mieux de le garder au sec sur une étagère et je lui ai proposé de l’échanger provisoirement contre un Daiwa, mieux à même de supporter les mauvais traitements infligés par les pêcheurs amateurs, il n’y perd pas au change, enfin je l’espère…
Examinons maintenant cette belle mécanique, vestige de la splendeur des années fastes de l’après-guerre :005008023010012
Le 306 était un moulinet « mi-lourd », destiné aux pêches fortes en eau douce et en mer. Entièrement construit en aluminium injecté, il accuse un poids de 457gr, alors qu’on l’annonce pour seulement 400gr. Le pipotage sur le poids réel des moulinets ne date pas d’hier… Passons. Une précieuse notice d’explication en deux parties est fournie, l’une intitulée « Sachons pêcher » qui, comme son titre l’indique, expose les différentes méthodes de pêche et quelques nœuds utiles, l’autre est plus technique pour le démontage avec un éclaté que nous examinerons plus loin.sachons pêcher
C’est un très beau moulinet, équipé de ce qui se faisait de mieux pour l’époque, mon oncle avait dû se laisser séduire par les arguments du détaillant qui lui avait sûrement vendu pour un prix conséquent, plusieurs milliers d’anciens Francs à mon avis. Pour les d’jeuns, je rappelle que 1000 anciens francs valaient 10 nouveaux francs, soit environ 1,5 euros, donc son prix de vente qui devait avoisiner les 40000 anciens francs, soit 60 ou 70 € de nos jours, le laissait malgré tout très loin derrière les Stella et autres que nous connaissons aujourd’hui… Bref, abordable, dans tous les sens du terme. On se rend compte à quel point nous mettons désormais des sommes folles dans ces bouts de plastique et d’aluminium, sans que cela soit vraiment justifié et j’éprouve un certain vertige en relisant ce que je viens d’écrire… OK, il faut y ajouter l’inflation, mais quand même, on paye beaucoup plus cher de nos jours ce qui était relativement bon marché hier, et souvent pour des produits bien médiocres quand on les examine de plus près…
Les deux bobines en aluminium sont dotées du célèbre mécanisme de changement instantané par bouton-poussoir, qui fonctionne parfaitement. Elles mesurent 60mm de large au niveau des lèvres et peuvent contenir 250m de 40/100°. Le système Mitchell est certainement le meilleur. Il a été copié par d’autres marques mais c’est le plus fiable, avec l’ergot placé à l’extrémité de l’axe et non à l’intérieur du manchon de la bobine comme chez DAM (voir mon article sur le Quick 3000). 081063050Une des bobines est équipée d’un réducteur en plastique souple qui remplit parfaitement son rôle, pour l’époque c’est novateur. Une boîte spéciale est fournie pour la bobine supplémentaire, petit luxe appréciable.047041
Le frein « indéréglable, à double progression » est comme pour toute la série des 300 de l’époque doté d’un ressort plat à trois pattes. Ce système ne vaut pas les ressorts hélicoïdaux actuels mais la progressivité est correcte, bien qu’assez rapide compte tenu qu’il ne faut que quelques tours d’écrou pour écraser complètement le ressort. Ce ressort comprime un premier disque en matière plastique semi rigide situé juste en dessous puis la base entière de la bobine qui joue donc le rôle de frein secondaire. Ces deux parties sont généreusement graissées à l’origine et la fluidité est bonne. La puissance de l’ensemble atteint 4,5kg, à condition que la bobine soit bien remplie, ce qui est très satisfaisant pour ce type de frein. On voit au passage que la notion de « dual drag » n’est pas vraiment nouvelle…053054052
Le cliquet bruiteur est extrêmement sonore, d’une stridence à réveiller un mort ! C’était voulu, pour couvrir le bruit du moteur ou du ressac en cas de touche. Un système de crémaillère et de ressort nous joue cette belle musique.
Le 306 est un moulinet à bobine enveloppée, il n’y a donc pas de rotor mais un bol qui porte le pick-up en bronze chromé. Je n’ai pas démonté celui-ci car je connais bien la fragilité des ressorts à spirale qui les équipent, et du reste il fonctionne parfaitement. On voit à l’intérieur du bol le mécanisme de déclenchement interne et la masselotte d’équilibrage.079099
Le galet du pick-up n’est pas tournant, c’est une simple pièce en acier (vraisemblablement durci) maintenue par une vis. Qualifiés « d’inusables » par Mitchell, ces galets finissaient quand même par être cisaillés par le nylon après quelques années d’utilisation, mais c’était une pièce qui se remplaçait facilement. Il est d’ailleurs marqué sur la notice que toutes les réparations courantes étaient effectuées gratuitement par le fabricant (la garantie-jugement) tant il était sûr de la robustesse de ses moulinets…103112
Le démontage du carter était d’une simplicité biblique : il suffisait de dévisser l’unique vis à l’aide d’une pièce de 20 francs (vingt centimes) et on accédait directement au train d’engrenage.
A l’intérieur, j’ai eu la surprise de trouver une épaisse couche de graisse orangée, on ne lésinait pas sur la quantité ! Je l’ai bien sûr retirée puis nettoyé soigneusement les engrenages au white spirit afin qu’on y voit plus clair…010008016
L’axe se démonte très simplement en retirant la clavette en métal qui le maintien, on peut le faire ensuite coulisser simplement à travers le pignon.088018 Il mesure 6mm de diamètre, en laiton massif. A priori il est indestructible grâce à son fort diamètre, bien que le laiton ne soit pas le meilleur choix pour un axe en matière de résistance à la torsion.022
Une fois l’axe enlevé, on peut retirer la coulisse en plastique noir qui est une version simplifié du mécanisme Planamatic. 017020085Cette coulisse est actionnée par la petite pièce métallique rectangulaire située en dessous et portée par la roue de commande, dispositif qui permet un enroulement croisé simple du fil en faisant monter l’axe plus rapidement qu’à la descente. Le problème c’est que sur l’éclaté, le dispositif indiqué est tout autre…050
Le véritable Planamatic était constitué d’une roue dentée et d’un pignon satellite qui donnait un mouvement planétaire, d’où le nom de Planamatic. Rien de tout cela ici. Il s’agit donc d’une version à minima du système, simplement elliptique, ce qui est un peu frustrant bien que l’enroulement obtenu soit correct avec du nylon.eclaté 306
Par curiosité, j’ai enroulé de la tresse et finalement ce n’est pas si mal, bien qu’un creux se forme au milieu de la bobine. Si le système avait été un authentique Planamatic, l’enroulement aurait été beaucoup plus régulier et bombé… On voit donc que les solutions pour baisser les coûts de production avaient déjà cours dans les années 60, hélas ! Ci-dessous avec du Nylon, puis avec de la tresse:

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Pour démonter la roue de commande, il faut d’abord retirer le pignon toujours avec la petite pièce de 20 centimes ! Celui-ci est maintenu par une clavette marquée d’un point rouge sur le côté, une simple pression suffit à la retirer. La pièce en cuivre qui entoure la base du carter sert à maintenir le bol, je l’ai aussi démontée bien que ce ne soit pas indispensable.024
Ce pignon est dit « auto-lubrifiant ». En laiton, il dispose en effet d’un collier de bronze qui fait office de palier, on suppose donc que le métal était suffisamment poreux pour contenir une certaine quantité d’huile afin d’assurer la lubrification permanente du pignon. Nous avons ici un engrenage conique, typique des moulinets de cette époque. Le gros défaut des engrenages coniques est le bruit et les vibrations qu’ils génèrent, mais leur solidité est à toute épreuve. 035038042
La roue de commande est en aluminium et en acier inox, d’excellente finition. En deux parties, la pièce centrale est amovible et porte l’ergot de la coulisse. Son axe est décentré pour permette une rotation elliptique. On note au passage la forme des rayures sur la pièce secondaire, typique de ce genre d’oscillation.062068
Le dessous de la roue de commande porte également le mécanisme à crémaillère de l’anti-retour, actionné par le ressort situé à l’intérieur du carter. 20 crans nous donnent donc un anti-retour à 20 positions. Particulièrement bruyant, cet anti-retour n’en est pas moins très solide. Simple mais efficace !052047

La manivelle en alu possède une rotule dévissable pour faciliter le rangement. Elle se visse directement dans la roue de commande et la poignée se démonte aisément pour y mettre une goutte d’huile de temps en temps.069072
J’ai ensuite remonté toutes les pièces après les avoir graissées convenablement et refermé le couvercle (en matière plastique) du carter. On note au passage que des frottements dus à la coulisse ont un petit peu rayé la peinture interne.091097
Évidemment, la fluidité de ce moulinet est médiocre et le bruit de l’ensemble est impressionnant lorsqu’on est habitué à la douceur et au silence des moulinets japonais actuels, mais c’était une machine increvable et inoxydable qui pouvait durer 50 ans avec un minimum d’entretien, on était très loin de l’obsolescence programmée et du moulinet jetable que l’on connait aujourd’hui ! Bref, c’était une autre philosophie… Je l’ai donc rendu à son propriétaire en lui interdisant de s’en servir! Il ne me reste plus qu’à dénicher un Mitchell équipé d’un vrai Planamatic pour vous montrer comment cela fonctionne, car le système Planamatic était aussi performant que les cames en S que l’on retrouve partout aujourd’hui et il était le fruit d’une réflexion vraiment originale.078

 

Texte et photos: Jean-Paul Charles

 

 

 

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9 réactions sur “le moulinet Mitchell 306

  1. Très belle présentation de ce moulinet.
    Je suis moi même propriétaire de l’une de ces bêtes que j’ai reçu en héritage il y a quelques années, et je l’utilise actuellement, associé bien sûr a sa canne toute aussi vieille, sinon il n’y aurait aucun intérêt de l’utiliser 😛
    Cet article m’aura aidé en tout cas a lui offrir un vrai bon entretien complet, et pouvoir le découvrir en détail.

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  2. Pingback: Le moulinet MITCHELL 906 et le système Planamatic |

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